Silvio Berlusconi, prince de Milan

Jeudi 13 avril 2017, un tonnerre frappe le ciel de Milan. Silvio Berlusconi, le mythique président du Milan AC met fin à trente-et-une années de règne sur le club lombard en cédant 99% de ses parts au groupe d’investisseurs chinois Rossoneri Sport Investment Lux. Une histoire riche de vingt-huit trophées remportés dont cinq Ligue des Champions vient donc de prendre fin, retour sur la Milan AC de Don Silvio.

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Un enfant du peuple

Milan, 29 septembre 1936, Silvio Berlusconi vient de voir le monde dans une famille de la petite bourgeoisie italienne. Son père Luigi Berlusconi, est un fervent supporter du Milan AC, et comme tout père digne de ce nom en Italie, il inculque à son fils dès l’enfance l’amour qu’il porte pour ce club. Le jeune Silvio suit alors assidument les matchs, se rend régulièrement à San Siro et apprend tout ce que doit connaître un tifoso de Milan avec pour rêve d’en prendre un jour la tête. Venant d’une famille ni pauvre, ni riche, c’est un fils du peuple qui rêve d’ascension sociale, il cumule alors les emplois subalternes pour payer ses études, et se retrouve vendeur de produits électroménagers, photographe pour les cérémonies ou chanteur dans un orchestre. Mais les années galères s’arrêtent en 1961, lorsque diplômé de droit à l’université de Milan, Silvio Berlusconi se lance dans les affaires.

L’ascension d’Il Cavaliere

Au début des années 1960, Berlusconi lance sa carrière d’homme d’affaire et fait rapidement fortune, tout d’abord dans le bâtiment, puis fonde en 1978 la holding Finvest; un véritable empire financier qui sera le fondement de sa puissance économique – et celle du Milan AC – et devient en l’espace de vingt ans l’homme d’affaire le plus puissant d’Italie. Sa fortune personnelle s’élève désormais à plusieurs milliards de lires (puis d’euros) le grand tifoso qu’il a toujours été est alors en capacité de réaliser le rêve fou qu’il s’était permis dans sa jeunesse : devenir le grand patron du Milan AC, c’est chose faite en février 1986. Le Milan AC est alors un club en perdition ayant fait deux séjours en Serie A et étant quasiment ruiné, club de troisième rang, il regarde alors impuissant ses rivaux briller sans lui. Berlusconi fraîchement arrivé, pose les bases du renouveau milanais en modernisant le club, il le dote d’un centre d’entrainement ultra moderne : Milanello, informatise la vente des billets, éponge les dettes du club, assaini les finances, réévalue les salaires, et met en place un business plan permettant au club de dégager de gros revenus, enfin, il investit massivement sur le marché des transferts afin de bâtir une équipe capable de revenir au sommet.

Au sommet de l’Europe

Berlusconi inverse la tendance, en investissant massivement dans le club de son cœur qui retrouve très rapidement les hauteurs du football italien en 1988 en remportant le championnat, puis retrouve le gotha européen en remportant la Ligue des Champions en 1989 contre le Steaua Bucarest, et la conserve l’année suivant contre Benefica. Ces succès, il les doit à deux grandes décisions : l’achat du trio néerlandais mythique que sont Marco Van Basten, Ruud Gullit, et Frank Rijkaard, ainsi que la nomination d’Arrigo Sacchi au poste d’entraineur en 1987, en effet « le mage de Fusignano » révolutionne le football et fait du Milan du début des années 1990 l’une des équipes les plus importantes de l’histoire du football par son apport tactique et sa domination sans partage. L’histoire continue ensuite sous la houlette du jeune coach Fabio Capello qui assoie la domination milanaise en Italie en remportant la Ligue des Champions contre le Barça de Cruijff en 1994, puis la Supercoupe d’Europe la même année, quatre fois le championnat, et trois fois la Supercoupe d’Italie. Le Milan AC est alors la meilleure équipe d’une Italie et d’une Europe qu’elle domine d’une main de maître.

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Arrigo Sacchi et Silvio Berlusconi. Ensemble, ils vont révolutionner profondément le football.

1996 – 2001, les années de vache maigre

Durant six années, Milan disparaît des hauteurs où il s’était élevé. En effet, Fabio Capello s’envole pour le Real Madrid, quant à Berlusconi, il multiplie les erreurs de casting (Dugarry, Ibrahim Ba, Edgar Davids) et la nomination d’Oscar Tabarez est un échec retentissant, ce dernier étant incapable d’obtenir des résultats probants est viré au bout de quelques mois, le patron de Milan fait alors appel à Arrigo Sacchi qui ne parvient pas non plus à relancer la marche en avant du club finissant à une piteuse onzième place. Pour la saison 1997-1998, Il Cavaliere rappelle un autre ancien de la maison en la personne de Fabio Capello qui échoue lui aussi à remettre le club au sommet avec une dixième place lamentable. La saison suivante, c’est à Alberto Zaccheroni qu’est confiée la tâche de relancer la locomotive milanaise, il réussit à être sacré champion d’Italie, mais son Milan est inconstant et finit troisième durant la saison 1999 – 2000 et quatrième la saison d’après. Les rossoneri ont alors passé six ans dans l’ombre, Silvio Berlusconi compte alors renouveler la quasi-totalité de son effectif, et remettre sur pied son colosse grâce à Carlo Ancelotti.

L’ère Carlo Ancelotti, et le retour du grand Milan

Silvio Berlusconi est un homme exigeant, et les échecs répétitifs de son Milan l’agacent au plus haut point, il veut remédier à ça de façon drastique, et renouvelle alors grandement son effectif. C’est dans ces conditions que débarquent Rui Costa, Clarence Seedorf, Filippo Inzaghi, Andrea Pirlo, Gennaro Gattuso, et Andriy Shevchenko. Mais la grande décision de Berlusconi est nommer un entraîneur alors en vogue et ayant eu des résultats probants avec le grand rival turinois, j’ai nommé Carlo Ancelotti ! Avec lui, Milan revient au plus haut niveau, ainsi, en l’espace de huit années (2001 – 2009) le Mister remporte un scudetto en 2004, deux Ligue des Champions en 2003 et 2007, deux Supercoupe de l’UEFA en 2003 et 2007, ainsi qu’une Coupe du Monde des clubs en 2007, et s’offre une finale de Ligue des Champions aussi tragique que mythique en 2005 contre Liverpool. Milan est à nouveau une équipe respectée et crainte, comme le témoigne le surnom que donne la presse aux hommes d’Ancelotti : les Meravigliosi, que l’on pourrait traduire par « les Formidables » Ancelotti devient un entraîneur mythique et Milan trône alors sur les sommets italiens et européens. Cependant, en 2006, l’affaire des matchs truqués connus sous le nom de Calciopoli entame sérieusement l’image du club et manque de peu de les priver de la Ligue des Champions pour la saison 2006 – 2007. De plus, les conflits incessants entre Ancelotti et Berlusconi – qui reproche au premier son jeu trop défensif – allié au vieillissement de nombre de cadres de l’équipe provoque une fin de cycle qui se traduira par le départ de Carlo Ancelotti ainsi que de joueurs légendaires comme Paolo Maldini ou Kaka.

UEFA Champions League Final: Liverpool v AC Milan
Silvio Berlusconi soulevant la Ligue des Champions au milieu de ses joueurs en 2007.

Une institution en déliquescence

A l’été 2009, Carlo Ancelotti s’en va vers Londres pour entraîner Chelsea. Berlusconi nomme alors Leonardo au poste d’entraineur, ce dernier finit à la troisième place, mais se trouve être éliminé en huitièmes de finale de la Ligue des Champions, de plus, ses rapports avec le Cavaliere sont catastrophiques, ce qui le pousse à partir en fin de saison. Pour la saison 2010 – 2011, arrive alors un jeune coach du nom de Massimiliano Allegri s’étant fait remarquer pour ses prouesses à Sassuolo et Cagliari, Berlusconi veut en faire le nouvel homme fort de son club. Cependant, le vieillissement des cadres (Pirlo, Seedorf, Nesta, Gattuso) et leurs départs, les graves erreurs de mercato (Huntelaar, Kevin-Prince Boateng, Ronaldinho, Robinho, Montolivio, Pazzini, Zapata etc…)  et la crise économique couplée à l’inflation du prix des joueurs contraignent le Milan AC à réduire la voilure, le club est alors moins ambitieux sur le marché des transferts – en  témoigne la vente des deux stars que sont Zlatan Ibrahimovic et Thiago Silva pour le PSG – et les performances s’en ressentent. Pourtant, Allegri maintien le club à un niveau convenable décrochant même un titre de champion d’Italie en 2011, puis la saison suivante une seconde place au classement – qui lui sera vivement reprochée par les supporters milanais en raison des défaites face aux rivaux – puis une troisième place obtenue sur le fil après un début de saison catastrophique. En Ligue des Champions, le club maintien un niveau convenable, mais n’est plus qu’un club de second rang incapable de lutter face au gotha européen, le club bien que maintenu à un niveau correct n’est plus que l’ombre de lui-même.

La fin de l’ère Berlusconi

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Les années qui suivent le départ d’Allegri (en janvier 2014) confirme le fait que Milan est devenu l’homme malade du football italien. Le club ne parvient plus à se qualifier pour les coupes d’Europe et continue les erreurs de mercato (Philippe Mexès, Mario Balotelli, Jérémy Menez, Adil Rami) ce qui le contraint à jouer dans le ventre mou du tableau, en témoigne la piteuse 10ème place obtenue à la fin de la saison 2014 – 2015, puis une tout aussi décevante 7ème place la saison suivante. Silvio Berlusconi n’a alors plus aucune ambition politique, et la vitrine qu’était le Milan AC dans sa mise en scène du pouvoir ne lui est plus d’aucun intérêt, de plus l’Italie se trouve alors dans un grave marasme économique, et l’ancien Président du Conseil comprend que le football moderne demande des investissements qu’il n’est plus prêt à assumer, rajoutons à cela le manque d’idées de la part d’Adriano Galliani, et on obtient un club en totale perdition. Silvio n’a alors plus qu’une seule idée en tête, vendre le club avant que ce dernier n’engloutisse une bonne partie du capital de la Finvest. Après plusieurs échecs infructueux, ce sera chose faite le 13 avril 2017 pour la somme de 740 millions d’euros (hors endettement de 200 millions d’euros) c’est la fin de l’ère Berlusconi à Milan.

Berlusconi, l’Italie et la vitrine Milan AC

Au début des années 1990, alors qu’il est un homme d’affaire à succès et un président de club richement titré, Silvio Berlusconi alors obsédé par la conquête d’un pouvoir toujours plus grand en Italie, décide de se lancer dans en politique. Pur homme de droite, il a pour valeurs tradition chrétienne, nation et travail, fervent nationaliste, il veut que l’Italie brille en Europe et dans le monde, esthète radical, il ne tolère que le beau, l’élégant, le classieux autour de lui. Ces deux combinaisons de sa personne vont dicter sa politique à la tête du Milan AC durant les trente et une années de son règne. Le club milanais doit lui servir de vitrine, c’est un outil de communication dans sa conquête du pouvoir et une démonstration de ce que l’Italie peut faire de mieux à l’échelle européenne. C’est dans ces conditions que durant son règne se suivent à Milan des joueurs hors du commun, tous réputés pour leurs qualités exceptionnelles, pour leur élégance et leur grande intelligence, on peut citer : Ruud Gullit, Marco Van Basten, Frank Rijkaard, Franco Baresi, Paolo Maldini, Alessandro Nesta, Carlo Ancelotti, Roberto Donadoni, Jean-Pierre Papin, Marcel Dessailly, George Weah, Oliver Bierhoff, Dejan Savicevic, Roberto Baggio, Demetrio Albertini, Alessandro Costacurta, Rui Costa, Massimo Oddo, Alessandro Nesta, Andrea Pirlo, Andriy Schevchenko, Kaka, Clarence Seedorf, Filipo Inzaghi, Massimo Ambrosini, Dida, Il Fenomeno Ronaldo, David Beckham etc… Tous sont le fruit d’un maître du mercato, j’ai nommé : Adriano Galliani, bras droit de Berlusconi durant toutes ces années, et surnommé alors « le Condor » pour sa faculté à obtenir de grands joueurs. Sur le banc également Silvio Berlusconi fera preuve d’un flair inégalable, en lançant des entraîneurs sur lesquels peu de grands clubs auraient misé et se révèlent alors être des tacticiens de génie, on peut citer là : Arrigo Sacchi, Fabio Capello, Carlo Ancelotti et Massimiliano Allegri, exigeant alors de ces derniers un jeu flamboyant et séduisant, son Milan doit plaire, c’est une exigence !

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Paolo Maldini, capitaine emblématique du Milan AC de 1997 à 2009, est l’archétype type du joueur berlusconien, à savoir, élégant, classe, charismatique et extrêmement intelligent.

En trente-et-un an, Silvio Berlusconi, prince de Milan et capitaine de la nation italienne aura fait rêver les tifosi milanais et les fans de football à travers le monde, en cela il méritait un adieu digne de ce nom, et les remerciement les plus grands de la part des rossoneri pour ce qu’il leur a apporté et des italiens pour avoir apporté au football italien l’une des lumières qui lui permis de briller. Ciao et grazie Cavaliere !

@OsxSts

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