La Gagne contre le Jeu : la vieille querelle du foot italien

Le débat autour du jeu de la Juventus d’Allegri, n’est pas une discussion isolée, elle s’inscrit dans le cadre d’un très vieux débat virulent en Italie entre les tenants de la victoire à tout prix contre les obsédés du beau jeu, explications de cette vieille dispute italienne.

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A gauche, Arrigo Sacchi, à droite Giovanni Trapattoni

Le football, un sujet de débat comme un autre

C’est bien connu, l’Italie est une terre de football. Dans ce pays, ce sport est après le catholicisme, la deuxième religion des habitants. De ce fait, c’est une terre où les gens ; des petits cafés de quartier, aux grands plateaux télés, débattent autour du foot comme on débattrait de politique ou de philosophie en France. Philosophie, voilà le mot ! Car c’est de cela qu’il s’agit, l’Italie est en effet un pays où l’on a intellectualisé le football, des maîtres à penser diffusent leurs dogmes et trouvent de nombreux fidèles à travers la Botte, et les clashs sont alors très nombreux. Deux écoles notamment, s’opposent frontalement, la première, « l’école Trap » du nom de Giovanni Trapattoni, célèbre pour avoir été l’entraineur de la Juventus de 1976 à 1986, et de 1991 à 1994. L’autre camp, c’est « l’école Sacchi » du nom d’Arrigo Sacchi, célèbre lui pour avoir été l’entraineur du Milan AC de 1987 à 1991 puis de 1996 à 1997. Ces deux entraineurs sont ceux ayant poussé le plus loin leur dogme, et ayant laissé une marque indélébile à la fois au sein de leur club, mais aussi dans le football italien.

La Gagne à tout prix : L’école Trap

Notre football est une prose et non une poésie en vers.

Giovanni Trapattoni voit le jour le 19 mars 1939 à Cusano Milanino, une petite bourgade du nord de l’Italie. Après une grande carrière dans le milieu de terrain du Milan AC des années 60, il décide de devenir entraineur. N’ayant pas réussi à s’imposer sur le banc de son club, il rejoint le grand voisin de Turin, j’ai nommé la Juventus, avec pour mission d’en refaire un grand club et de redevenir redoutable en Europe. Dix années plus tard, il compte à son palmarès une Ligue des Champions, une Coupe de l’UEFA, une Coupe des coupes, une Supercoupe d’Europe, une Coupe intercontinentale, six scudetti et deux Coupe d’Italie. Lors de son grand retour au début des années 90, il remet ça avec la Vieille Dame en gagnant une coupe de l’UEFA en 1993 ayant entre temps remporté avec l’Inter un scudetto, une Coupe d’Italie, ainsi qu’une Coupe de l’UEFA. Plus tard, il gagne le championnat d’Allemagne, deux coupes d’Allemagne, puis les championnats portugais et autrichien, ce qui en fait l’entraineur le plus victorieux de l’histoire du football italien. Sa méthode ? Le pragmatisme poussé à l’extrême. Il le dit lui-même « gagner par tous les moyens nécessaires » pour « le Trap » seule la victoire est importante. Qu’importe la manière utilisée, il faut vaincre et uniquement cela ! Il ne s’embarrasse pas d’artifices et être beau à voir l’indiffère absolument, car selon lui, seul le vainqueur a raison et on ne retient que son nom. On lui reprochera d’ailleurs souvent le fait que ses équipes soient peu spectaculaires. Il est par là, un disciple fervent de son maître à penser Giuseppe « Gipo » Viani, l’un des pères du catenaccio, ce système axé sur une rude solidité défensive et où l’équipe a pour unique objectif la victoire.

Trapattoni, comme beaucoup d’entraineurs appartenant à cette école, est doté d’une immense science tactique du fait d’une étude profonde et très dense des différentes situations de jeu réalisées et possibles dans les matchs qu’il regarde (et ils sont très nombreux) afin de mettre en place ce qu’il appelle le « Football de Haute Performance » et de toujours avoir un coup d’avance sur ses adversaires. C’est sa marque de fabrique, il analyse l’adversaire, repère ses points forts et ses lacunes et met en place la meilleure stratégie pour le battre. Pas de style racé, pas de recherche du beau, aucun romantisme, on est là dans le raisonnement cérébral le plus froid. Beaucoup d’entraineurs italiens valideront sa méthode comme Enzo Bearzot et son équipe d’Italie victorieuse lors de la Coupe du Monde 1982, Ferruccio Valcareggi fit de même au début des années 70 sans remporter la Coupe du Monde mais raflant tout de même l’Euro en 1968, ou Marcello Lippi, le héros de 2006 qui fit auparavant des merveilles à la Juventus. D’autres s’inspireront de cette méthode comme Fabio Capello ou plus récemment Massimiliano Allegri.

Le football doit être spectaculaire : l’école Sacchi

L’autre grand maître du football italien, c’est Arrigo Sacchi. Né le 1er Avril 1946 à Fusignano, il n’a pas eu une grande carrière de joueur à la différence du Trap. Néanmoins, c’est un mordu de football avalant des heures et des heures de matchs ! C’est par là qu’il se forge une solide science tactique et un goût prononcé pour le Jeu, comme il le dit lui-même « Il ne faut pas forcément avoir été cheval pour être un bon jockey » c’est donc par l’étude qu’il se forme à devenir entraineur, ce qui est une innovation majeure pour l’époque. Après des débuts prometteurs sur les bancs de Rimini et de Parme, il est appelé par l’ambitieux homme d’affaire Silvio Berlusconi alors nouveau propriétaire du Milan AC afin de rendre au club lombard ses lettres de noblesses. Malgré un début compliqué et de fortes critiques sur « ce coach inexpérimenté » il s’impose très rapidement à la tête des milanais et fait gagner au club deux Ligue des Champions, deux Supercoupe d’Europe, deux Coupe intercontinentale, un scudetto et une Supercoupe d’Italie. Avec la sélection italienne, il ira en finale de la Coupe du Monde 1994. Sa méthode ? Le Jeu et uniquement le Jeu ! Fortement influencé par le Football Total lancé par le néerlandais Rinus Michels à la tête de l’Ajax, puis popularisé plus tard par Johan Cruyff à la tête du FC Barcelone, il y apporte la touche tactique italienne qui révolutionnera le monde du football jusqu’à aujourd’hui. Fluidité, défense en zone (comme Nils Liedholm son prédécesseur sur le banc milanais) volonté farouche d’attaquer et de marquer beaucoup de buts, et surtout pressing haut et constant ! Son Milan AC régale et inspire toute une génération d’entraineurs en provoquant une véritable révolution footballistique : José Mourinho durant son passage à Porto, Jupp Heynckes à la tête du Bayern Munich, ou Jürgen Klopp lui ont pratiquement tout pris, et lui doivent beaucoup de leurs victoires. Avec lui, le football doit être spectaculaire, beau et agréable à voir, il doit séduire les observateurs et les supporters, car selon lui, les gens viennent au stade et regardent des matchs pour s’amuser et prendre du plaisir, et la gagne à tout prix n’est pas une fin en soi et même pire, c’est la mort du football. Au sujet de la culture du résultat avant celle du Jeu, il disait cela par exemple :

C’est uniquement en Italie que l’on peut se permettre de dire de telles choses. Il est impensable d’obtenir un meilleur résultat que son adversaire en jouant plus mal que lui

Il critiquera d’ailleurs sévèrement Massimiliano Allegri pour le caractère peu joueur de sa Juventus et encensera à de multiples reprises le Barça de Guardiola ou sera dithyrambique au sujet du Real Madrid champion d’Europe de Carlo Ancelotti. Aujourd’hui, son grand élève en Italie est Maurizio Sarri, l’entraineur de Naples, une équipe considérée comme étant l’une des plus joueuses et séduisantes d’Italie.

Alors la Gagne ou le Jeu ? Si vous n’avez pas choisi votre camp, il est temps de le faire, car en Italie, ces deux camps sont irréconciliables !

@OsxSts

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