Générations sacrifiées

Aujourd’hui, que ce soit dans la société ou dans le football, un débat fait rage, le débat identitaire. Bien évidemment, nous traiterons uniquement du côté footballistique de la question. Et en Italie, depuis quelques années, ce sujet divise. Pour certains les clubs Italiens sont jugés comme « xénophiles ». A défaut de faire confiance aux joueurs Italiens, la plupart des clubs empilent les joueurs étrangers, mais quels sont les enjeux et conséquences de cette politique ?

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Le cas Filippo Cardelli

Dernier épisode de cette longue série, l’affaire Cardelli. Le jeune ex-joueur de la primavera Laziale s’est autorisé une sortie médiatique quelque peu risquée. Dans ces propos, le jeune joueur annonce tout d’abord l’arrêt de sa carrière de football puis évoque le manque de soutien des biancocelesti lorsqu’il s’était fait une rupture des ligaments croisés. L’accès à l’infirmerie et la cantine du club lui furent soudainement prohibé. Le jeune Italien enchaîne donc avec le traitement totalement différent accordé aux jeunes étrangers, ne bénéficiant tout d’abord pas du même contrat, et donc par conséquent ni du même salaire, ni des mêmes avantages. Il dit se sentir étranger dans son propre pays et assure même que « le football Italien est mort ».

Le lendemain, le jeune Leonardo Nolano, autre jeune de la Lazio, appuiera les propos de Cardelli tout en nuançant un peu au sujet des étrangers.

Pour en quelque sorte mettre fin au débat, Catalin Tira, ex-pensionnaire de la Primavera Laziale, parle de son expérience personnelle en tant qu’étranger et explique ce pourquoi les étrangers bénéficient d’un contrat professionnel et non les jeunes Italiens.

Mais pourquoi mise-t-on sur les étrangers ?

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Ici le nombre d’étrangers par effectif.

Si les clubs Italiens misent désormais sur les jeunes étrangers, et par conséquent font beaucoup moins confiance à leur vivier, c’est parce que le plus souvent, les joueurs étrangers ont plus de chances d’êtres revendus à prix d’or. Business is business. En effet, beaucoup de clubs comme la Roma ou la Sampdoria misent énormément sur les jeunes étrangers, ils n’hésitent parfois pas à débourser des fortunes (15 millions pour le Brésilien Gerson par exemple) dans l’espoir d’un jour faire un énorme bénéfice sur ces joueurs étrangers. Quand on voit les récents succès des affaires Marquinhos (acheté pour une somme totale de 3 millions et revendu, 30 matchs plus tard, pour 30 millions d’euros au PSG) on ne peut pas totalement jeter la pierre à ces clubs qui récupèrent des sommes parfois inespérées de la part de clubs richissimes. Cependant, ce système devient problématique quand le jeune Italien se voit sacrifié. Et oui, parce que si les Italiens sont réputés pour ne pas laisser de temps aux jeunes joueurs, ça n’est pas totalement vrai, ils ont plutôt du mal à laisser du temps aux jeunes Italiens. Ces dernières années, le très célèbre Arrigo Sacchi également avait tiré la sonnette d’alarme à ce sujet, mais ses propos étant un peu plus trash, les retours furent très mauvais, le Mister fut taxé de racisme. En Angleterre, Rio Ferdinand avait également déjà évoqué le problème lié aux jeunes Anglais, comme quoi, l’Italie n’est pas la seule touchée par ce phénomène.

Les clubs pas totalement coupables.

Oui les clubs ne sont pas les seuls coupables, ou du moins pas toujours totalement coupables.  Le système actuel fait qu’il est difficile de voir un jeune Italien éclore en Serie A, et c’est encore plus vrai lorsque le dit club vise les premières places du championnat. Former prend du temps, et les gros clubs Italiens ont pris une voie totalement opposée à celle qui consiste en « faire confiance au formidable outil centre de formation ». Pourquoi ? Parce que former c’est long. En effet, si aujourd’hui la Roma ou le Napoli se mettaient soudainement à faire confiance à leur centre de formation, leurs jeunes aussi bons soit-ils en Primavera, ne leurs permettraient sûrement pas de continuer à jouer l’Europe les premières années. Ces clubs « xénophiles » ne peuvent que très difficilement changer de politique aussi brutalement. Si changement il y a de la part des clubs, il se fera, doucement. Qui plus est, aujourd’hui, les jeunes talents sortis de Primavera se cassent souvent les dents tant la différence de niveau entre le championnat u19 et le monde professionnel est énorme. C’est pourquoi, ces derniers temps, certains comme Marotta, directeur général de la Juventus, militent pour l’installation des équipes B en Italie (à la manière de la Liga). Un système qui présente des avantages énormes. Cela permet au club de garder la main sur ses jeunes, leur inculquer une identité de jeu propre au club et de ne pas les trimbaler un peu partout dans différents prêts sans grande cohérence. Qui plus est, au pays des Maldini, Baresi, Facchetti, Marchisio et bien d’autres plus ou moins connus, voir des clubs sans gamins du centre de formation animés par la passion, ferait mal au coeur à bien des tifosi. Parce qu’entre nous, la Roma, par exemple, n’est pas un grand club en terme de palmarès, mais la Roma est un club populaire, qui a toujours vu sa passion vivre grâce à des joueurs formés au club. Ils s’appelaient Agostino Di Bartolomei, Bruno Conti, Giuseppe Giannini s’appellent désormais Francesco Totti, Daniele De Rossi et peut-être s’appellera-t-il Alessandro Florenzi demain. Mais sans eux, que serait la Roma ? En tout cas, ce même Florenzi est le seul Italien du centre de formation a s’être imposé dans le club de la Capitale. Caprari, Viviani, Politano, Bertolacci et bien d’autres, tous ont étés sacrifiés au profit d’étrangers.

Ces générations sacrifiées

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Luca Marrone sous ses nouvelles couleurs de Zulte Waregem

Bien sûr, n’allez pas croire que je milite contre les étrangers, bien évidemment que non. Les joueurs étrangers ont grandement participé à la construction du mythe qu’est la Serie A. Cependant, pour le bien du football Italien, pour le bien de la Nazionale qui ne peut plus jouir d’un excellent vivier, je milite pour que les clubs Italiens refassent confiance à leur centre de formation. Et plus largement qu’il fassent plus souvent confiance aux Italiens. Les étrangers ne doivent pas êtres recrutés parce qu’ils sont étrangers et plus facilement revendables, mais ils doivent l’être lorsqu’ils apportent un plus à l’équipe qui les recrute. Si la révolution ne vient pas du haut, j’ose espérer qu’elle viendra du bas, à la manière de Sassuolo, les clubs « modestes » doivent miser sur cette voie, qui leur permettra peut-être d’amoindrir l’écart avec les ogres du championnat. D’ailleurs, depuis quelques années, bons nombres de jeunes Italiens ont étés sacrifiés de différentes manières. Je pense à Federico Viviani, jeune regista formé à la Roma, ayant fait ses débuts en Serie A en 2011 sous Luis Enrique, et ayant ensuite été envoyé en prêt 4 ans en Serie B avant de pouvoir regoûter aux joies de la Serie A à 23 ans. Je pense également à Luca Marrone, 26 ans, formé à la Juventus et désormais à Zulte Waregem depuis Août 2016 après avoir été prêté dans 4 clubs différents depuis 2010. D’autres ont connues des carrières un peu plus prestigieuses en étant malgré tout un peu mis de côté comme Simone Zaza et Manolo Gabbiadini. Si l’Italie ne manque pas de bons coachs, et selon moi, ne manque toujours pas de talent dans son vivier, cela pourrait arriver tant le système s’épuise, et le mirage qu’est la Nazionale de Conte ne changera rien malheureusement au problème.

@Hugiannini

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