L’équation Sassuolo

Samedi soir, le Juventus Stadium sera le théâtre d’un affrontement entre deux équipes européennes, cela ne sera pas Juventus-Milan mais bien Juventus-Sassuolo…et pourtant, au début des années 2010, si vous demandiez à quelqu’un ce qu’était Sassuolo, il vous aurait certainement parlé de carrelage… Aujourd’hui le club neroverde est un véritable phénomène tant sa progression fut fulgurante, à tel point d’en faire à la fois un modèle pour les autres clubs et le chouchou des amateurs de football italien.

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Giorgio Squinzi propriétaire du club depuis 2002

L’histoire commence en 2002 lorsque Squinzi, patron de la Mapei, une entreprise de produits chimiques, décide de racheter le club dont il était le sponsor depuis les années 80 après l’avoir abandonné au début des années 90 pour se consacrer au cyclisme. L’histoire commence même plutôt mal, puisqu’en 2002-2003 Sassuolo, alors en Serie C2 est relégué au cinquième échelon national avant d’être repêché et doit passer par les playout pour se sauver la saison suivante. L’homme qui a dominé le cyclisme mondial ne peut se contenter de cet échec et nomme à partir de la saison 2004-2005, Nereo Brucato au poste de directeur sportif, ce qui coïncide avec la refonte intégrale de l’organigramme du club. La politique de recrutement de joueurs expérimenté paie et Sassuolo termine la saison 2005-2006 avec 57 points qui lui permettent de valider sa montée en Serie C1 avant de rejoindre la Serie B en 2007-2008, sous la houlette d’un certain Massimiliano Allegri, puis l’élite en 2011-2012.

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Vous l’aurez compris, avec Sassuolo on est loin du conte de fée à la Carpi ou Chievo puisque l’histoire commence par l’arrivée d’un mécène et qu’en conséquence les neroverdi disposent de ressources économiques relativement importantes. On est cependant loin des gestions à la Roman Abramovitch et autres Cheikh Mansour, l’investissement de la Mapei se traduisant principalement par un contrat de sponsoring maillot, le deuxième plus élevé en Serie A derrière celui unissant Jeep et la Juventus ainsi que le naming du stade, que Squinzi avait acheté en 2013 pour 3,65 millions d’€ profitant de la faillite de la Reggiana. Si cette manne financière permet à Sassuolo de réaliser de gros investissement comme en 2014 lorsqu’ils arrachent Sime Vrsaljko au nez et à la barbe du Milan et de la Fiorentina, le point fort du club de la Mapei réside dans la relation développée avec la Juventus. Cette relation a permis aux neroverdi de conserver Domenico Berardi dont la Juve avait acheté la moitié des droits sportifs en 2013, de recruter Simone Zaza en provenance de la Sampdoria ou plus récemment de Stefano Sensi annoncé au Milan en janvier dernier ainsi que de nombreux joueurs en prêt tels que Pol Lirola ou plus anciennement Reto Ziegler. Dernièrement, le club semble également avoir développé une bonne relation avec l’AS Roma (5 joueurs du club sont formés à l’AS Roma : Luca Antei, Lorenzo Pellegrini, Matteo Politano, Federico Ricci et Luca Mazzitelli). Sur ces 5 joueurs en questions, 4 ont directement débarqués à Sassuolo en provenance de Rome. Seul Matteo Politano n’appartenait plus à la Roma lors de son transfert. Sassuolo accepte en effet de laisser à la Roma et à la Juventus une clause de rachat sur ses joueurs ce qui facilite les opérations avec ces deux clubs.

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La politique de recrutement de Sassuolo est pratiquement unique en Italie puisque le club emilian n’a depuis le transfert d’Alexe en 2013 jamais recruté un joueur provenant d’un club étranger et n’avait même jamais vendu à un club non-italien avant Sime Vrsaljko et Nicola Sansone cet été. Sassuolo ne compte a l’heure actuelle que 4 joueurs étrangers dans son effectif quand l’Udinese comptabilise seulement 5 italiens dans le sien. Giorgio Squinzi ne s’en est jamais caché il est « fier d’être la seule équipe qui joue souvent avec 11 italiens », dans une interview en 2016 il disait qu’il fallait « réduire le nombre d’étrangers pour faciliter le travail du sélectionneur et créer une identité footballistique plus proche de ce qu’est notre pays et de ce qui nous représente. ». L’explication du pourquoi Sassuolo est autant apprécié pourrait presque s’arrêter ici : un recrutement bien pensé, toujours à l’affût des bonnes affaires et mettant en valeur les jeunes italiens qui fait figure d’exception en Serie A.

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Eusebio Di Francesco, le magicien de Sassuolo

Mais Sassuolo se démarque également des autres clubs de Serie A par sa stabilité, notamment au poste d’entraîneur où Eusebio Di Francesco exerce ses fonctions depuis 2012 – malgré une courte parenthèse entre janvier et mars 2014 où il fut remplacé par Malesani – ce qui en fait l’entraîneur ayant la plus grosse longévité parmi les 20 clubs de Serie A. Parlons en de Di Francesco justement, l’homme qui a replacé Verratti devant la défense à Pescara en 2010 est un disciple de Zdenek Zeman qu’il a eu comme entraîneur entre 1997 et 1999 à la Roma. Di Francesco est un amoureux du jeu offensif, son équipe ne cherche pas forcément à avoir le ballon – 11 ème possession du dernier championnat – mais elle doit être capable d’aller très vite vers l’avant et de jouer beaucoup sur les ailes. Fanatique du 4-3-3 à l’instar de Zeman, Di Francesco est néanmoins plus mesuré que son modèle, pas de coup d’envoi à 8 sur la ligne médiane, les neroverdi ont conclus le précédent exercice avec seulement 40 buts encaissés ce qui en a fait la quatrième défense du championnat. Cette force défensive s’explique grâce au trio Duncan-Missiroli-Magnanelli, très fort pour presser haut et maintenir le bloc équipe compact dans le camp adverse, lors d’un match contre Milan la saison dernière, la ligne de hors-jeu était en moyenne à 38 mètres des buts de Consigli ! En somme, Di Francesco attaque comme Zeman et défend comme Sacchi, ce qui fait de son Sassuolo une équipe déjà très européenne dans sa façon d’évoluer sur le terrain.

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Le crack, Domenico Berardi

Symbole de ce Sassuolo qui grandit à vitesse grand V, Domenico Berardi explose tous les records de précocité, plus jeune joueur à inscrire un quadruplé en Serie A depuis Silvio Piola, plus jeune italien à atteindre les 40 buts en Serie A depuis 1995. Repéré à 16 ans par Sassuolo lors d’un match qu’il jouait avec des amis de son frère alors qu’il lui rendait visite à l’université de Cosenza, il devient un titulaire en Serie B dès ses 18 ans. La saison suivante en Serie A – où il passe sous le contrôle de la Juventus – est celle de l’explosion, quadruplé contre le Milan, triplé contre la Sampdoria et la Fiorentina, ses 16 buts mènent Sassuolo à un maintien tranquille malgré 3 défaites lors des 3 premières journées qu’il avait manqué car suspendu. C’est là le côté obscur de Berardi, si la précision de son pied gauche régale, ses gestes d’humeur et son amour pour les cartons jaunes exaspèrent et sont probablement à l’origine de son absence des listes d’Antonio Conte. Après une saison dernière compliqué en raison de nombreux problèmes physiques, Berardi est redevenu le top player de Sassuolo inscrivant 5 buts lors des 4 matchs d’Europa League, et qui sait jusqu’où il portera les siens…

L’équation Sassuolo est en fin de compte assez simple : Dirigeants intelligents et recrutement made in Italy + Beau jeu + Le joueur italien le plus talentueux de sa génération = Sympathie des observateurs + qualification en Europa League.

@bdpjuve

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