de Boer « Je ne suis pas sûr que la Juve se soit renforcée »

Celui qui a dirigé l’Ajax Amsterdam entre 2010 et 2016 est arrivé 12 jours avant la reprise de la Serie A, remplaçant du même coup Roberto Mancini. Né le même mois que son nouveau patron Erick Thohir, l’ex latéral hollandais exporte ses longues séances vidéos au centre d’entraînement Appiano Gentile. à quelques jours d’un déplacement à Vérone, Frank de Boer s’est livré pour la 1ère fois à un entretien exclusif à la Gazzetta dello Sport.

de boer

  • Quand avez-vous compris que deviendriez entraîneur de l’Inter ?

« J’ai été contacté quelques semaines avant la signature à travers mon agent. J’ai donné ma disponibilité, le projet nerazzurro m’a semblé tout de suite intéressant, puis dans un second temps nous nous sommes confronté et tous les détails ont été résolus rapidement »

  • Qu’est-ce que représente l’Inter pour vous ?

« C’est la tradition, c’est l’Italie. Si tu penses au foot italien il te vient à l’esprit les 3 grands clubs que sont l’Inter, le Milan et la Juve. à Milan de fantastiques joueurs hollandais sont passés : Jonj et Bergkamp d’un côté, Van Basten, Riijkaard et Gullit de l’autre. Le prestige du club nerazzurro a influencé mon choix, et je veux être impliqué dans cette grande histoire »

  • Que pensez-vous du foot italien ? Dans le passé vous n’avez pas hésité a montrer votre préférence pour d’autres championnats…

« Je pense que sur les 2-3 dernières années, votre football a fait d’énormes progrès au niveau mental. Il y’a quelques années par exemple, Buffon ne jouait jamais avec ses défenseurs et balançait de longs ballons pour éloigner le danger, maintenant il cherche toujours le soutien de ses coéquipiers les plus proches. La philosophie a changée : pas seulement la Juventus, presque toute la Serie A a choisit une autre route. Avant c’était toujours le même « calcio » : une défense exceptionnelle et 1 ou 2 grands attaquants devant à qui ont demandait de résoudre les matchs ; on s’appuyait quasi exclusivement sur eux en cas de problème. Aujourd’hui, tout le monde est concerné et les progrès sont évidents : ce n’est pas étonnant que la Juve soit récemment arrivée en finale de la Ligue des Champions »

  • De Herrera à Mourinho, l’Inter a souvent été à contre courant. Vous semblez plus être un « sacchiste »…

« En ce qui me concerne, je ne veux pas changer l’histoire de l’Inter, mais pas à pas nous pouvons grandir dans beaucoup de domaines. Nous devons attaquer et défendre ensemble. Puis, s’il y’a des moments de fatigue, on peut aussi jouer en contre. Mais jamais tous derrière avec 2 attaquants laissés devant pour trouver la solution… »

  • En 1999, à Barcelone, vous avez été coaché par Van Gaal avec Mourinho en adjoint et Koeman assistant. Sur le terrain, parmi les coéquipiers il y’avait Pep Guardiola et Luis Enrique : le Frank de Boer entraîneur est-il né en Espagne ?

« Non non haha, à cette époque-là je n’y pensais pas. Il me semblait que c’était un rôle avec trop de pression, j’étais sûr que des cheveux gris me serait poussé sur la tête à cause du stress »

  • Et alors quand avez-vous décidé ?

« En Turquie à l’époque de Galatasaray. J’avais 32-33 ans, et je commençais à penser au foot différemment, un peu plus dans l’étude du jeu. Je regardais Terim et je me disais : « Je ne ferai jamais comme lui si j’entraînais le Gala ». Son jeu et sa façon d’entraîner ne me plaisait pas du tout. Et en fait, je parlais beaucoup sur le terrain, je cherchais à donner mon avis sur le plan tactique aussi »

  • Ce fût donc en réaction à Terim ?

« Il voyait le foot de la manière opposée à la mienne. à l’entraînement par exemple, il nous faisait jouer en 2 contre 2 sur un terrain de 50m, je ne comprenais pas la raison, ça me semblait absurde et inutile et là j’ai décidé : en tant qu’entraîneur, je ferai tout le contraire »

  • Quel est votre foot ?

« On joue à 11, y compris avec tout l’effectif. L’organisation et la cohésion font la différence, toujours. Les individualités gagnent un match, l’équipe ramènent les trophées à la maison. Si tu veux jouer tout seul, passe au tennis. Il faut choisir une direction, la suivre et y faire participer tout le groupe. Mes attaquants marquent beaucoup parce qu’ils sont proches des cages, mais dans le même temps ils doivent garantir le bon apport à l’équipe en phase défensive aussi. Ronaldo (l’ancien interiste) marquait 30 buts au PSV, mais il n’a rien gagné. On gagne seulement si l’équipe fonctionne : si l’un se blesse il faut qu’il y’ait la possibilité de le remplacer sans que le rendement ne baisse trop, et cela est possible seulement si c’est une vraie équipe »

  • Votre histoire établit le 4-3-3 comme système de base. Craignez-vous la culture tactique italienne ?

« C’est vrai, je préfère le 4-3-3 mais nous pouvons aussi faire autrement comme le 4-3-1-2. Il n’y a pas de mal à changer. L’adversaire est toujours étudié, il faut cibler les points faibles pour comprendre comment mieux le piéger. Moi je veux que mon équipe sache jouer avec 2-3 systèmes dans le même match, mais pour faire comme le Barça et la Juve qui n’ont pas de soucis à changer en cas de problèmes, il faut une croissance générale des gars, chaque chose passe par le disponibilités et les qualités des joueurs »

  • Quand pensez-vous pouvoir imprimer définitivement votre marque ?

« Nous verrons mon Inter dans 4 mois, c’est la durée normale. En janvier nous saurons vraiment qui nous sommes. Je suis ici depuis peu, et le championnat commence dimanche. Avec mon staff nous devons inévitablement rester attentifs aussi à l’intensité des entraînements, parce que la philosophie générale a changée par rapport à avant. Si nous ne gérons pas bien l’aspect physique, dans 1 mois nous pourrions avoir beaucoup de blessés. Je me rappelle de Klopp, qui est arrivé à Liverpool et octobre et a cherché à imposé immédiatement un travail énergique, dans le style du Borussia Dortmund, avec pour résultat 9 blessures. Parfois, il vaut mieux ralentir »

  • à l’Ajax vous avez eu Suarez, pensez-vous qu’Icardi puisse rejoindre le niveau de l’uruguayen ?

« Mauro a seulement 23 ans et a marqué énormément. Lui il sait que ce n’est pas seulement son propre mérite mais de toute l’Inter. Chaque jour il doit arriver ici pour devenir un meilleur joueur, sur et en dehors du terrain, en soignant son alimentation et toute autre chose qui augmentera son rendement personnel. C’est la bonne mentalité. Messi non plus n’arrête jamais de se remettre en question. Le jour où tu penses avoir atteint le top alors tu es fini »

Mauro Icardi, 23 ans, capitaine et fer de lance des nerazzurri

  • Quel joueur avez-vous trouvé en lui ?

« Les mouvements d’Icardi sont déjà fantastiques, peut être doit-il comprendre qu’il vaut mieux protéger le ballon et jouer simple pour l’intérêt de l’équipe. De toutes façons, j’ai vu en lui tellement d’énergie dans les entraînements et durant le match face au Celtic : j’ai aimé le voir heureux quand il a donné la passe décisive à Candreva. évidement il veut marquer, mais il peut faire la différence d’autres façons. Allez, je suit très content de Mauro, c’est le capitaine, il sait comment je veux qu’il travaille. Il doit jouer pour l’équipe et il marquera beaucoup de buts »

  • Et Banega ?

« C’est un joueur fantastique. Nous devons le mettre dans les meilleurs conditions tactiques possibles. Il sera très important parce qu’il fait la différence quand il a le ballon dans les pieds »

  • Est-il meilleur derrière Icardi ?

« Il peut tout faire, il a une grande intelligence : il est bon derrière Icardi, il est encore meilleur plus loin, il va bien aussi en regista. Avec la sélection argentine il joue au milieu de terrain, en récupérateur, à Séville il faisait tous les rôles, et en Coupe du Roi contre le Barça, il marquait même Iniesta. Il a une qualité fantastique et c’est ce qu’il nous faut. Des hommes comme lui, Candreva et Perisic sont fondamentaux, parce que moi j’aime les gens qui savent jouer au ballon indépendamment »

  • La Juve est-elle trop forte pour tout le monde en Italie ?

« C’est une grande équipe, l’effectif est exceptionnel. Ils ont pris Higuain, au même moment Pogba est parti. Nous devons comprendre comment elle jouera au milieu de terrain, et ce n’est pas aussi sûr qu’elle soit plus forte que la saison dernière. Oui il y’a de grands noms,  mais nous ne savons pas encore si les grands savent aussi être une équipe »

  • Quel est l’objectif de l’Inter ?

« Se qualifier pour la Ligue des Champions, sans se raconter des histoires. Pour le reste nous verrons, même si nous essaierons d’être le plus haut possible. Avec une bonne organisation et la juste mentalité on peut tout réussir dans le foot. Cependant, ce sera très difficile sur tous les fronts, parce que la Roma, le Napoli, la Lazio, la Fiorentina et le Milan sont de très bonnes équipes qu’il faut respecter »

  • Au Napoli il y’a Milik, pur produit de la formation de l’Ajax…

« Il peut faire de bonnes choses. C’est un vrai attaquant, il est plus adapté au 4-4-2, il a de l’énergie et de la qualité, c’est un des meilleurs gauchers en Europe. Il pourrait avoir des problèmes dans le 4-3-3 mais il est jeune et peut s’améliorer. Sa vitesse n’est pas parmi les plus élevées il a cependant une bonne marge de progression : s’il était aussi rapide que ce que Higuain à coûté… »

  • Dimanche vous commencez avec le Chievo, une équipe « très italienne », rugueuse. L’avez-vous déjà étudié ?

« Je sais qu’elle joue un 4-4-2 qui devient un losange, une équipe qui n’a pas peur et sait contre attaquer. C’est un bon test, pour moi aussi, et si nous ne défendons pas bien en équipe, nous irons à l’encontre de grands dangers : des marquages serrés et une bonne organisation, voilà ce qu’il faudra à Vérone »

Interview parue dans la Gazzetta dello Sport du 17/08/16 et traduite par @SignoreXyer

 

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