Di Natale la Légende ordinaire

Après Luca Toni, la Série A a perdu en cette fin de saison un autre buteur du Top 10 du classement des meilleurs marqueurs du championnat. A l’inverse de Toni qui arrête sa carrière, lui devrait continuer de jouer encore quelques temps. Mais plus sous les couleurs du club frioulan de l’Udinese. Au fil du temps, il est devenu une « bandiera » pour le public du Nord-Est de la « Botte » refusant même à plusieurs reprises des offres d’écuries plus huppées (Juve, Milan …) pour rester dans cette région d’Italie qui l’a littéralement adopté.  Retour sur cette soirée émouvante au Stadio Friuli pour son dernier match chez lui et sa merveilleuse carrière à Udine.

fd527527e4cb08d7e59c4285b6bba441_large
Il Capitano

Clap de fin

Au terme d’une saison éprouvante ressemblant plus à un chemin de croix qu’à une partie de plaisir, Totò Di Natale, handicapé par des blessures récurrentes et n’entrant pas forcément dans les choix de son coach Colantuono qui le trouve trop vieillissant pour tenir son rôle de leader d’attaque, annonce lors d’une conférence de presse fin avril qu’il ne poursuit pas sa carrière frioulane au delà du match contre Carpi. Une aventure de 12 années qui a vu le Napolitain arriver comme un joueur lambda et partir comme une Légende.

Pour ce dernier round à Udine, dans la nouvelle antre ultra-moderne voulue par la famille Pozzo, le club et le public au complet ont passé une soirée spéciale célébrant Totò Di Natale mais aussi deux autres fidèles vétérans bianconeri avec Maurizio Domizzi (8 ans au club) et Giovanni Pasquale (7 ans au club). C’est l’occasion de rendre un bel et dernier hommage à ces trois serviteurs emblématiques du club, qui ont porté haut les valeurs du club. Mais l’attention est focalisée sur le « bomber » qui a tant apporté. Malgré l’ambiance festive et une entame de match pertinente ponctuée de plusieurs occasions de but, les Zebrette (réduits à 10 depuis la 37 ème) perdent 0-2 sur leur terrain contre le promu, qui joue sa survie parmi l’élite, dans un mano a mano avec les insulaires de Palerme.

Dernier match, dernier but

77 ème minute du match, c’est à cet instant que Luigi De Canio décide de faire entrer, pour la dernière fois, sous les couleurs bianconeri l’idole du Frioul, Totò DI NATALE. Standing ovation du Friuli pour SON buteur. Le speaker l’accueille à la Napolitaine (en hommage à ses origines, lui, le Campagnol) en scandant son prénom et en laissant le public reprendre à l’unisson le nom du meilleur joueur de l’histoire du club. L’émotion est à son comble. Des centaines d’affichettes représentant son numéro 10 fétiche, distribuées par le club, sont agitées à son entrée sur la pelouse.

Le vétéran a failli manquer ce rendez-vous. Il s’est blessé au mollet le vendredi précédant la partie. Mais il veut jouer, il ne peut pas manquer ce dernier rendez-vous et peu importe si ce n’est qu’un bout de match. Il veut communier avec son public et terminer de la meilleure des façons cette belle histoire d’amour footballistique. Lui qui a su conquérir le peuple du Frioul par ses performances, par sa simplicité, par son attachement à la ville et par sa fidélité au club. Il a marqué le club de son empreinte.

Le public veut le remercier pour ces années où il place l’Udinese sur le devant de l’échiquier national (une fois 5 ème, deux fois 4 ème et une fois 3 ème) grâce à ses nombreux buts, très certainement les plus belles années du club.

Cima6mwWkAAjY2a.jpg large
« Dans le Frioul, tu es arrivé. Un champion, tu es devenu. De nous, tu seras toujours aimé. Merci Totò »

79 ème minute, Totò se retrouve devant le point de pénalty suite à une faute sur Widmer pour réduire l’écart entre son équipe et Carpi. Et pour la 209 ème fois en Série A, les filets tremblent d’un tir ultra précis, au ras du poteau, laissant le gardien adverse sans réaction et sur ses appuis au milieu de ses cages.

Un but anecdotique pour le résultat final mais ô combien symbolique pour son dernier match à domicile. Il termine donc sur cette joie partagée avec ses supporters qui fait mieux passer la pilule d’une énième défaite lors de cet exercice difficile pour l’équipe.

531640150-U2021820495610uD-U150676224647VqG-620x349@Gazzetta-Web_articolo
La dernière célébration au Friuli

Serial Buteur 

Arrivé en 2004, à 27 ans, à la dernière minute du mercato estival mais avec seulement deux saisons de Série A dans les jambes, Totò Di Natale marque les esprits. Les 4 premières saisons, il augmente chaque année son total de buts inscrits (7,8,11 et 17 buts) et de passes décisives (3,5,6 et 7) en Série A. Lors de la saison 2005/06, il devient le seul joueur italien à scorer dans toutes les compétitions disputées par son équipe : Championnat, Coupe d’Italie, Ligue des Champions et Coupe UEFA. La saison 2009/10, suite au départ de Quagliarella vers le Napoli, l’entraîneur de l’époque Pasquale Marino décide de lui confier le centre de l’attaque. Ce repositionnement va changer la suite de la carrière de Di Natale. Du poste d’attaquant esterno (sur un coté), il passe à celui de prima punta (plein axe).

Ce changement est un véritable coup de génie dans sa carrière. Totò flambe dans son nouveau rôle. Il claque 29 buts dès sa première saison et enchaîne les records en devenant le meilleur buteur de l’histoire du club (ancien record appartenait à Lorenzo Bettini), en dépassant le record de buts inscrits en une saison (appartenant à Oliver Bierhoff avec 28 buts). Il est sacré Capocannoniere malgré la concurrence de joueurs comme Milito, Miccoli ou encore Pazzini.

Di Natale atteint un niveau inattendu pour un joueur de 33 ans, âge avancé pour un avant centre dans le football moderne. Il remporte une deuxième couronne de meilleur artificier national d’affilée malgré un début de saison mitigée où il peine à confirmer son nouveau statut.

Il devance sur le podium des buteurs confirmés comme Edinson Cavani ou Samuel Eto’o tout en parvenant à atteindre une régularité impressionnante en réussissant à se classer sur le podium encore 2 fois d’affilée (3 ème avec 23 buts et 2 ème avec 23 buts). Il reste performant jusqu’à la saison 2014/15 en scorant plus de 10 buts à chaque fois (17 buts et 14 buts).

Ses performances en championnat lui ouvre tout naturellement les portes de la Nazionale. Il participe ainsi au Mondial Sud Africain de 2010 qui ne reste pas dans la mémoire collective des tifosi azzuri et à l’Euro 2012, qui voit la Squadra Azzura atteindre la finale et échouer face à l’intouchable Roja.

euro-2012-italy-s-di-natale-scores-goal-past-spain-s-casillas-during-euro-2012-soccer-match-in-gdansk-20120610193913-1676.jpg
Duel de légendes

Style de jeu 

Joueur rapide, possédant de bons appuis grâce à un centre de gravité bas (avec ses 170 cm), il aime prendre les espaces laissées par les défenses adverses en jouant dans le dos du back 4 ou jouer entre les lignes pour participer au jeu et délivrer des caviars pour ses coéquipiers.

Habile dans ses contrôles et disposant d’une excellente frappe de balle, il marque de buts divers et variés comme des frappes lointaines et précises, des lobs astucieux, des dribbles face aux gardiens adverses, des reprises de volée et même quelques buts de la tête. Bon dribbleur, il tire également tous les coups de pieds arrêtés se distinguant particulièrement sur pénalty et coups francs directs.

Il effectue donc la majeure partie de sa longue carrière sur l’aile de l’attaque avant de se fixer tardivement et exclusivement dans l’axe ou en 9 1/2 à la Djorkaeff.

« Mon histoire avec l’Udinese n’est pas terminée »

A l’issue du match, après avoir rejoint une dernière fois les tifosi de l’Udinese dans la Curva en toute décontraction, cigarette au bec, pour festoyer ensemble, Totò est revenu sur cette folle soirée et sur son avenir où il a lâché quelques déclarations.

« Je remercie tout le monde à Udine pour ces 12 dernières années. Dans le vestiaire après le match j’ai pleuré comme un bébé. J’ai choisi de rester à Udine toujours avec le cœur, je l’ai fait pour moi et pour ma famille, je n’ai aucun regret et je ne me vois pas porter un autre maillot. Être entraineur ? Ce n’est pas pour moi. Mes plus beaux records ? Un but contre la Reggina, un autre contre Catane et le match contre l’Espagne. Mon futur ? Je déciderais avec calme, pour le moment tout ce que je veux c’est être à la maison avec ma femme et mes enfants mais mon histoire avec l’Udinese n’est pas terminée. Si le président veut de moi pour un rôle important au club, je suis plus que prêt, j’ai un bon rapport avec la famille Pozzo, si le club a besoin, je suis là. »

Même son de cloche chez le Président Pozzo qui le considère comme son fils.

« Les portes de l’Udinese seront toujours ouvertes pour Di Natale. Nous pourrions retirer le numéro 10. »

Le Président a même acheté une page dans la plupart des quotidiens locaux et nationaux pour rendre lui hommage.

Cie1gpeWkAA6G45.jpg large
L’hommage du président

Dimanche soir, un cycle s’est terminé pour l’Udinese mais aussi pour la Série A qui perd l’un de ses meilleurs buteurs. Mais Di Natale entre par la grande porte dans le Panthéon du football italien. On se souviendra d’un joueur simple mais terriblement efficace, symbole d’un calcio à l’ancienne avec des valeurs populaires, chères à tous les tifosi du Campionato.

@FriûlConnection

 

 

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s