Luca Toni, Ciao Campione

Dimanche dernier au Bentegodi, à bientôt 39 ans, l’un des derniers « papi flingueur » de Serie A encore en activité, à l’instar de Francesco Totti, de Antonio Di Natale ou de Massimo Maccarone, a tiré sa révérence sur un dernier coup d’éclat magistral, une cucchiao  (panenka) face au champion en titre la Juventus invaincue depuis 26 matches en championnat. Retour sur 22 ans de carrière du buteur Romagnol, 18 ème meilleur buteur de la Série A de tous les temps. 

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Sous les couleurs du Modena FC

Débuts compliqués et éclosion tardive

Le début de carrière de Luca Toni est mitigé et tarde à se dessiner. Formé à Modena, qu’il rejoint à l’âge de 13 ans, il fait ses débuts professionnels en Série C1 avec les Canarini en 1994. Avec 7 buts pour 34 matches en 2 saisons, il tape dans l’œil d’Empoli qui évolue en Série B. Son adaptation est difficile pour le jeune Toni. Il ne perce pas avec les Toscans disputant seulement 3 matches pour 1 but lors de la saison 1996/97. Pour le relancer, il enchaîne les prêts successifs dans des équipes de divisions inférieures comme Fiorenzuola ou Lodigiani (série C1). En 1999, Empoli le cède à Trévise (série B). En Vénétie, il réussit une saison pleine ponctuée de 15 buts pour 35 matches.

Vincenza, tout juste promu en A, cherche à se renforcer en attaque. Sagramola, ancien dirigeant de Lodigiani, le signe. Luca Toni découvre, à 23 ans, le plus haut niveau national lors d’un match à San Siro contre le Milan. Mais malgré 9 buts en 31 matches, le club est rétrogradé en B à la fin de la saison.

Le Brescia de Carlo Mazzone casse sa tirelire (30 milliards de lire, record d’achat du club Lombard) pour associer le géant Toni au Divino Codino Roberto Baggio. Il y fait de bons débuts, termine meilleur buteur du club avec 13 buts en championnat. Sa deuxième saison est gâchée par une longue blessure et un bilan famélique de 2 buts.

Toni a alors 26 ans. Il choisit de se relancer en Série B, à Palerme. En Sicile, il trouve enfin la bonne carburation. Il cartonne et enfile les buts comme des perles. Il invente même un signe distinctif, une façon rien qu’à lui de célébrer ses buts en agitant sa main droite près de son oreille.

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Tout le monde est fou de toi Luca

Les rosaneri sont champions de Série B. Il est sacré capocannoniere avec 30 buts en 45  matches. Il devient aussi le joueur le plus prolifique du club insulaire sur un exercice. La saison suivante est celle de la confirmation au niveau supérieur. Jusqu’à présent, il n’a jamais vraiment réussi une année pleine en Série A. C’est chose faite lors de la saison 2004/05. Les Siciliens, sous les ordres de Francesco Guidolin, se qualifient pour la Coupe de l’UEFA en se classant 6 ème du championnat. Toni reste sur sa lancée. Il plante à 20 reprises. Il faut dire que l’équipe a de la gueule avec des joueurs comme Barzagli, Zaccardo, Grosso (3 futurs champions du Monde), Corini, Barone ou encore Brienza.

La trentaine rugissante

A l’intersaison 2005, la Fiorentina le recrute pour 10 millions d’€. Sa 1 ère année sous le maillot de la Viola est exceptionnelle tant au niveau collectif où l’équipe termine 4 ème, qu’au niveau individuel où Toni est sacré capocannoniere de Série A avec 31 buts, battant ainsi le record de buts en une saison (26 buts) avec la Fiorentina appartenant conjointement à Kurt Hamrin (attaquant suédois des années 50/60, 8 ème meilleur buteur de tous les temps de Série A avec 190 buts) et à Gabriel Batistuta (que tout le monde connait). Il devient aussi le premier italien à être sacré Soulier d’Or Européen.

A l’été 2006, Toni veut quitter le club toscan pénalisé de 15 points de retard lors de l’affaire du Calciopoli. Il s’oppose au président Della Valle pour obtenir son transfert à l’Inter Milan puis se ravise et décide de rester une saison supplémentaire à la Fio. Il est cependant handicapé par des blessures l’empêchant d’évoluer à 100 % mais il plantera tout de même 16 buts en 29 matches.

 

Il quitte la Série A en 2007 pour rejoindre la Bavière et le Bayern Munich. Il est recruté pour 11 millions d’€. Il s’adapte facilement à ce championnat offensif. Son physique athlétique, il culmine à 1M93 pour 88 kg, fait merveille en Bundesliga. Il excelle dans le jeu aérien et possède une protection de balle au dessus de la moyenne. Il enchaîne les buts, quasiment à chaque match lors de ses débuts, mais aussi les passes décisives avec son jeu en pivot. Son association avec Klose assomme la « Buli » (le duo est surnommé Kloni). À eux deux, ils marquent 33 buts en 25 matchs, toutes compétitions confondues. Il est le 5 ème joueur italien à finir capocannoniere hors des frontières italiennes avec 24 buts. Son entente avec Franck Ribéry, hors et sur le terrain, ravit les médias allemands. Cette année là, le Bayern fait le doublé en remportant le titre de champion et la Coupe d’Allemagne.

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Ça donne soif d’écraser le championnat

Ottmar Hitzfeld  est admiratif « Avec sa taille et sa capacité de mouvement, c’est déjà phénoménal ce qu’il fait. »

Malheureusement son aventure allemande tourne court. La faute à des blessures qui l’éloignent durablement et fréquemment des terrains, à son salaire élevé (peu en rapport avec un statut de remplaçant) et à des changements de coach (Klinsmann puis Van Gaal n’apprécient pas son style de jeu)

Le chant du cygne puis la résurrection 

Le Bayern lui indique qu’il est persona non grata à l’Allianz Arena, le somme de trouver en club pour retrouver du temps de jeu. Il retourne donc dans la péninsule, à la Roma, pour une pige de 6 mois. Mais à court de forme, cette expérience est un échec.

Il signe pour le Genoa à l’été 2010. Transfert raté. Il ne s’impose pas en Ligurie. 3 buts en 16 matches. Pire, il est même un sujet de contestations des supporters envers leur président, Enrico Preziosi, qui lui reprochent d’avoir recruté le buteur italien.

En janvier 2011, libre tout contrat, il signe à la Juve. Une blessure musculaire puis une autre aux ligaments du genou droit le freine. Il marque quand même son 100 ème but en championnat sous les couleurs de la Vecchia Signora mais ne parvient pas à s’imposer à Turin. Il quitte le club au bout d’un an pour les Emirats.

Ce départ vers l’Eldorado Emirati ressemble au début d’une pré-retraite dorée pour le bomber mais après seulement 6 mois et 8 matches de championnat, il est libéré par Al Nasr. Il rejoint à la dernière minute du mercato estival la Fiorentina, alors entraînée par Vincenzo Montella. Il signe pour un an. Il effectue une saison correcte. Il claque 8 buts pour 27 matches. Insuffisant pour un nouveau contrat en Toscane mais il rejoint le promu Hellas Vérone.

Le vétéran s’offre une seconde jeunesse dans la cité vénitienne. Il score contre l’Udinese son 300 ème but pro lors de son 300 ème match de Série A. En 2014/15, Vérone effectue une année remarquable lors de la 1 ère partie de saison avant de rentrer dans le rang (13 ème). Mais Luca Toni s’ajoute au tableau d’honneur du championnat, capocannoniere le plus vieux de la A (38 ans ) et de son club, meilleur buteur de tous les temps du Hellas Vérone. Il devient aussi le premier joueur italien à remporter le titre de meilleur buteur sous les couleurs de deux clubs différents.

Pour sa dernière saison professionnelle, le Hellas Vérone produit une saison très insuffisante. A l’issue du championnat, le club est relégué. Début mai 2016, Luca Toni annonce sa retraite sportive lors d’une conférence de presse et déclare : « Nous avons connu une saison horrible. Mentalement, je pense que je suis à bout » ou encore « Après tant d’années passées à jouer au football, 22 en tant que professionnel, je pense qu’il est temps pour moi de dire au-revoir« . Hasard du calendrier, il joue le dernier match de sa carrière à domicile contre … la Juventus, un de ses (nombreux) anciens clubs. Toni et Vérone gagnent ce dernier match. (2-1) Il éclabousse le match d’un geste d’une très grande classe. La marque des Grands.

La Squadra Azzura, l’apothéose 

Sa bonne saison en Série B lui permet d’intégrer la Nazionale en 2004. Marcello Lippi, impressionné par son rendement, le convoque pour la première fois de sa carrière contre l’Islande. Il est alors âgé de 27 ans. Il marque son premier but azzuro lors de sa deuxième sélection contre la Norvège. Un but décisif, celui de la victoire (2-1). Match disputé à … Palerme. En juin 2005, il est capitaine d’un soir lors d’un match amical contre l’Equateur (1-1). Il réalise son premier triplé international à Minsk contre la Biélorussie lors d’un match qualificatif pour la Coupe du Monde 2006, en Allemagne. Ce triplé est d’ailleurs le premier réalisé par un joueur de la Fiorentina à l’occasion d’un match de l’Italie. Pendant cette période pré-Mondial, Toni est appelé 15 fois scorant à 6 reprises.

C’est donc tout naturellement que le sélectionneur le prend dans sa liste des 23. Malgré un statut de titulaire, son début de tournoi est assez mitigé. Mais, en 1/4 de finale, il débloque son compteur but en inscrivant un doublé contre les Ukrainiens (3-0). Il reste muet contre le pays organisateur en 1/2 (0-2 ap) et contre les Français de Zidane en finale (1-1, 5-3 tab). Cependant l’Italie est sacrée Championne du Monde à l’issue d’un match d’anthologie au scénario étouffant.

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Une toute autre époque

Malgré un Mondial décevant, Toni garde les faveurs du nouveau sélectionneur Roberto Donadoni. Toni marque beaucoup, surtout lors de la phase des matches retours. Il termine même meilleur buteur italien des qualifs avec 5 buts en 6 matches joués. Mais entre les qualifs et la compétition finale, il ne connait définitivement pas la même réussite. Peu épargné par les critiques, le sort s’acharne sur lui lorsque, contre la Roumanie, l’arbitre annule un but valable. Bilan : 4 matches, 0 but. L’Italie est éliminée par les Espagnols, futurs vainqueurs de l’épreuve.

Ses dernières sélections, il les vit lors de la Coupe des Confédérations de 2009. De retour à la tête de la Squadra, Lippi l’emmène en Afrique du Sud mais malgré 3 matches, il ne réussit pas à marquer le moindre but. Il ne fait pas parti du désastre Sud Africain de la Coupe du Monde 2010. Luca Toni totalise 47 capes pour 16 buts et au palmarès : un titre de Champion du Monde.

Même si Luca Toni ne restera pas dans la mémoire collective comme un technicien remarquable à l’image d’un Baggio ou d’un Del Piero. Néanmoins, il laissera l’image d’un attaquant redoutable, doté d’un jeu de tête hors du commun, une protection de balle efficace et un sens du but très développé qui lui a permis de se hisser dans le gotha du football italien. Ciao campione.

On se quitte en musique.

@FriûlConnection 

 

 

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