Cagliari 69-70 : « Le premier Leicester »

Le Leicester de Claudio Ranieri a donc été sacré champion de Premier League lundi dernier pour la première fois de son histoire, aussitôt consultants et également certains tifosi italiens n’ont pu s’empêcher de rapporter la « favola del Leicester » (comprenez le « conte de fées de Leicester » à la réalité du football italien, affirmant que pour diverses raisons cette histoire n’aurait jamais été possible en Italie. Nous vous avions déjà raconté l’histoire de l’Hellas Verona 84-85 , aujourd’hui c’est au tour du non moins surprenant Cagliari de Gigi Riva.

 

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Gigi Riva, soulevant le titre de champion d’Italie 1969-1970

Aussi invraisemblable que cela puisse paraître, la première équipe du mezzogiorno à remporter le scudetto dans la Serie A post seconde guerre mondiale n’est ni Naples, ni la Roma, ni la Lazio, l’exploit est l’oeuvre de Cagliari au début des années 70.

Manlio Scopigno dit « Il Filosofo » (le philosophe) en plus d’être l’homme ayant gagné le scudetto avec Cagliari restera dans l’histoire pour certaines déclarations (la plus connue étant « S’il n’y avait pas de matchs, le football serait le plus beau sport du monde »)  et de nombreuses anecdotes, faisant de lui une sorte d’antihéros. Scopigno avait par exemple décidé de ne jamais faire d’entrainement le matin, car Gigi Riva et lui ne se réveillaient jamais avant midi. Il avait également aboli les mise aux verts afin de responsabiliser les joueurs. Lors d’une tournée à Chicago en 1967, Scopigno qui vient de remporter le titre de meilleur entraîneur de Serie A grâce à la 6ème place obtenue par son Cagliari, boit un whisky de trop et urine dans le jardin d’un bar croyant qu’il était aux toilettes, la photo arrive jusqu’aux dirigeants de Cagliari qui le licencient, Scopigno ne voulant pas rentrer en Italie s’engagera avec les Chicago Mustangs avant de revenir à Cagliari à l’été 1968.

L’équipe sarde promue en Serie A lors de la saison 1963-1964, clôture la saison 1968-1969 à une historique seconde place, qualifiant le Cagliari pour la Coupe des villes de foires. La qualification pour la C3 donne au président de l’époque, Elsifio Corrias des ambitions de titre, le club sarde est le principal animateur du mercato estival parvenant à conserver Gigi Riva malgré une offre record d’un milliard et 300 millions de lire de la part de l’Inter, et Enrico Albertosi. Les rossoblù sont protagonistes d’un maxi-échange avec l’Inter Milan : le défenseur Cesare Poli, le milieu de terrain Angelo Domenghini et l’attaquant Sergio Gori rejoignent Cagliari contre Boninsegna et 250 millions de lires, arriveront également en Sardaigne le latéral Macin de la Fiorentina, et l’ailier Nastasio de l’Atalanta. Il Filosofo met en place une équipe se distinguant par sa solidité défensive et ses contre-attaques foudroyantes se caractérisant par l’élasticité de son schéma tactique. Sur le papier, la formation sarde se présente ainsi : Albertosi dans les cages, Martiradonna, Tomasini (puis Cera), Niccolai, Zignoli en défense, et un milieu en losange formé par Cera(puis Brugnera) et Creatti dans l’axe, alors que Nene et l’infatigable Domenghini occupent les couloirs, devant Sergio Gori est le partenaire de la légende Luigi Riva.

Le championnat connaît son premier tournant lors que le Casteddu  deuxième du championnat se rend sur la pelouse de la Fiorentina, champion sortant, leader, et invaincu depuis plus d’un an. Cagliari s’impose sur le score d’un but à zéro sur penalty grâce à l’inévitable Gigi Riva très tôt dans le match, la seconde période verra la Fiorentina privée d’un but pour un hors jeu de position et un match qui ressemblera plus à du pugilat qu’à du football.

Les sardes prennent la première place du championnat, et grâce à une défense qui encore aujourd’hui est avec 11 buts encaissés la meilleure défense de l’histoire de la Serie A ne la quitteront plus. La saison n’est pourtant pas loin de tourner au cauchemar lors qu’à Palerme, le 14 décembre 1969, Scopigno écope de 5 mois de suspension pour avoir insulté le juge de touche qui avait validé un but irrégulier donnant la victoire aux siciliens. Il Filosofo déclare alors « Dans le football, seul le ballon est propre, quand il ne pleut pas ». Les sardes prennent un coup au moral et ne gagnent qu’un seul des 4 derniers matchs de la phase aller. En plus de la suspension de leur entraîneur, les rossoblù doivent faire avec la grave blessure du libéro Tomasini en janvier, Scopigno a alors une intuition géniale en replaçant le capitaine Cera habituellement milieu de terrain au poste de Tomasini, une reconversion qui permettra même au joueur de disputer la Coupe du Monde 1970 avec la Nazionale.
Parallèlement, la Juventus effectue une incroyable remontée au classement, prenant 13 points lors des 7 premières journées de la phase retour. Les bianconeri ne sont plus qu’à 1 seul point des sardes, lorsque ces derniers s’inclinent au Giuseppe Meazza sur un but de l’ex Boninsegna, transféré à l’Inter lors du mercato estival dans les arrêts de jeu.

15 mars 1970, Stadio Comunale di Torino, la Juventus reçoit Cagliari pour le compte de la 24ème journée et à l’occasion de prendre le fauteuil de leader pour la première fois de la saison. Avant le match Scopigno déclare « La Juve a un point de retard ? Bien, si le règlement ne change pas d’ici là,  avec un point de plus Cagliari gagnera le scudetto ».  Les bianconeri ouvriront le score suite à un csc de Niccolai, défenseur de Cagliari, Gigi Riva égalise avant la pause mais les bianconeri repassent d’avant grâce à un penalty d’Anastasi, 82ème minute, l’arbitre Lo Bello siffle un penalty en faveur des sardes, Gigi Riva a le scudetto au bout du pied, et comme contre la Fiorentina six mois plus tôt, l’actuel meilleur buteur de l’histoire de la Nazionale ne tremble pas, le match s’achève sur le score de 2-2. La Juventus s’inclinera la journée suivante à Firenze, laissant définitivement filer le titre.

12 avril 1970, Cagliari s’impose deux buts à zéro à la maison face à Bari et remporte officiellement le premier scudetto de son histoire. Le soir du titre, Scopigno déclarera à la Domenica Sportiva « Qui je suis vraiment ? Quelqu’un qui en ce moment a sommeil ». Gigi Riva finira la saison avec 20 buts, faisant de lui le meilleur buteur de la Serie A pour la troisième fois, après 1967 et 1969, une performance qui lui permettra d’être sur le podium du Ballon d’Or pour la deuxième année consécutive.

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Une de la Gazzetta Dello Sport le 13/04/1970

Le titre a un impact énorme non seulement sur le club, mais sur toute la Sardaigne, qui n’était pas encore l’une des principales places du tourisme en Italie, mais qui était jusque là considérée comme une « terre de bergers et de bandits » . Le journaliste et écrivain, Gianni Brera, l’un des plus grands journalistes sportif italien du XXe siècle ira jusqu’à dire « Le scudetto de Cagliari est l’événement qui marque l’entrée de la Sardaigne dans l’Italie. C’est ce qui a permis à la Sardaigne de s’insérer définitivement dans l’histoire de la coutume italienne. La Sardaigne avait besoin de s’affirmer en Italie, et elle l’a fait grâce au football en battant les équipes de Milan et de Turin, qui sont les capitales du football en Italie. Le scudetto à permis à la région de se libérer de ses complexes d’infériorité. »

Cependant le succès de Cagliari et les nouvelles ambitions du président Corrias qui lance la création d’un nouveau stade 50 000 places, le Stadio Sant’Elia après l’obtention du scudetto afin de permettre au club de rester au top niveau en Italie, placent le club au centre d’une polémique et divise la région. La Sardaigne ne compte alors qu’un hôpital vétuste, où les malades dorment dans les couloirs par manque de chambres, la population sarde reproche à la Région de financer la construction du nouveau stade plutôt que celle de nouveaux hôpitaux, d’autant plus qu’elle aide financièrement le club de Cagliari à retenir l’idole Gigi Riva. La question se pose alors, est ce mieux d’avoir Riva ou un nouvel hôpital ? Riva restant à Cagliari jusqu’à la fin de sa carrière en 1976 après 315 matchs et 164 buts sous le maillot de son club de toujours, on vous laisse deviner quelle a été la réponse à la question.

@Antonio

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