Gattuso « Le Milan doit prendre exemple sur la Juve »

En passant d’entraîneur à joueur, Gattuso est resté le même. Il ne s’arrête jamais. « Si je ne leur crie pas dessus, ils ne courrent pas ». Eux, ce sont les joueurs de Pisa que l’ancien milieu défensif du Milan et de la Nazionale championne du monde a porté à la troisième place du groupe B de Lega Pro (3eme division ndlr) malgré les problèmes internes du club. Des problèmes auxquels Rino Gattuso est habitué vu ce qui lui est arrivé en Grèce « Ca n’a jamais arreté, de l’année dernière à maintenant, mais ici il y’a Fabrizio Lucchesi, un dirigeant qui connait le football et qui s’occupe des problèmes, moi je ne pense qu’au terrain. Lucchesi actuel président de Pisa, a été directeur sportif d’Empoli, de la Roma et de la Fiorentina. Ils devaient tous les deux aller à Carrara, mais l’opération a sauté et ils ont debarqué à Pise « Depuis quelques années, un vrai rapport est né entre nous, nous voyons le football de la même manière. » Nous ne savons pas si Gattuso fera carrière, mais nous savons que tout ce qu’il fait dans le football, qu’il dit sur le football, qu’il pense sur le football, est la synthèse de sa passion et de sa sincérité.

 

gattuso

Vous nous racontez la saison de Pise ?

La raison principale de nos 30 points et de notre troisième place est le groupe. Ces garçons me suivent et pour un entraîneur c’est une grande satisfaction. Nous avions commencé en 4-3-3 puis nous sommes passés au 4-4-2 et depuis peu nous nous sommes mis à 3 en défense. Nous sommes une équipe qui essaie de jouer, de construire, qui utilise très peu de passes longues, même si avec un attaquant comme Edgar Cani (international albanais, ex Catania et Palermo notamment ndlr) , nous pourrions jouer long, mais nous préférons construire depuis derrière. Nous n’abandonnons jamais, c’est d’autant plus vrai que nous avons marqués énormément de buts dans les dernières minutes. Nous avons beaucoup de jeunes qui jouent avec continuité, certes nous manquons d’expérience mais c’est normal. En août nous avions 9 nouveaux joueurs, et avec ces 30 points nous avons déjà fait quelque chose d’important.

Quel est l’objectif de Pise ?
Maintenant que nous sommes troisième, nous voulons croire à la montée. Au prochain mercato nous chercherons des joueurs de qualité pour améliorer cette équipe, même si ce ne sera pas facile car nous n’avons pas un grand budget et que nous ne voulons pas prendre le risque de ruiner l’ambiance dans le vestiaire.

Il y’a des joueurs de votre effectif qui pourraient jouer en Serie A ?

Il y’en a deux, le premier est Matteo Ricci, pour son age (né en 94), et pour la qualité de son jeu. Il doit encore beaucoup progresser mais il peut jouer en Serie A, il a la vision de jeu, il touche beaucoup de ballons, et s’il s’améliore sur le plan caractériel, il peut faire de très belles choses. L’autre est Varela.

Peut-on dire que Pise est le véritable point de départ de votre carrière d’entraîneur ?

Je ne peux pas renier ce que j’ai fait dans le passé. J’ai commencé de suite avec une grande équipe comme Palerme, où je ne pense pas avoir fait si mal que ca, puisque pour une équipe reléguée être à 3 points de la tête après 7 journées n’est pas si dramatique. Je connaissais les risques, mais je ne suis pas un calculateur, je suis un sanguin, cela s’est passé comme cela s’est passé, point. A Sion je n’étais pas encore entraîneur, je n’avais pas encore raccroché les crampons, j’étais entraîneur-joueur. Crête a été une étape capitale. Six mois dans ces conditions, prendre 18 points avec tous ces problèmes, entraîner des joueurs qui ne touchaient pas leur salaire, je ne savais même pas comment utiliser une défense à 3, j’ai étudié et cela m’a changé. C’est l’étape la plus importante de ma carrière.

Peut on parler d’un « nouveau départ » alors ?

Dans le football, il y’a toujours quelque chose qui ne va pas. Un jour ils te disent que tu n’a pas d’expérience, un autre ils te demandent « qu’est ce que Gattuso est aller faire en Lega Pro ? ». Ici il y’a beaucoup de choses à apprendre, j’ai rencontré des entraîneurs on ne peut plus préparés, qui savent très bien lire les matchs. Le fait que ce soit en Lega Pro ne m’importe peu, je veux juste travailler, et apprendre, c’est un nouveau métier et avoir tout gagné comme joueur ne veut rien dire, pour moi entraîner Pise c’est comme si j’entraînais la Nazionale.

Que se passe-t-il au Milan ?

Avant toutes choses, il faut remercier la famille Berlusconi pour ce qu’elle a fait : pendant 22-23 ans, le Milan était l’un des clubs les plus importants au monde, de par ce qu’elle exprimait sur le terrain et l’organisation du club. Ces dernières années ce n’est plus le Milan. Il y’a moins d’argent, mais ce sont surtout les choix qui laissent à désirer : on parle de jeunes, et après 6 mois, ils sont envoyés en prêt, on mise sur un entraîneur jeune et tout de suite après ils changent d’idée. Il y’a une époque où ce genre de choses n’arrivaient pas.

Maldini et Albertini, vos anciens coéquipiers soutiennent que cette époque est finie et que le Milan est rentré dans le rang.

La Juve doit être un modèle pour le Milan, le premier club en Italie qui, en changeant a pris un style anglais ou allemand. La Juve a un stade de propriété, et surtout elle a su mettre les personnes justes aux postes justes. Il y’a eu une révolution dans ce club, pendant 4-5 ans ils n’arrivaient pas à atteindre leurs objectifs, et ils ont crée un nouveau club. C’est l’exemple que le Milan doit suivre.

A l’heure actuelle quel serait l’intérêt de changer l’entraîneur ?

Ces dernières années, changer l’entraîneur n’a jamais amené à rien, quand on change l’entraîneur, il faut tout recommencer depuis zéro. Ce dont le Milan a besoin c’est d’un projet planifié, et d’une confiance maximale en son technicien.

L’Inter avec sa façon de jouer, peut gagner le scudetto ?

Dans l’Inter de Mancini, je revois la Juve de Capello, elle est forte physiquement, ne joue pas un très beau football, elle a des joueurs antipathiques et durs sur l’homme, qui sur le terrain se font détester, et quand vous avez ce genre de joueurs vous ne pouvez pas perdre.

Vous faites référence à Melo ?

Je pense aussi à Medel, et à la ligne défensive, qui est toujours solide, ils ne lâchent pas d’un centimètre, c’est une équipe hargneuse.

Selon vous, Pirlo reviendra en Italie pour finir sa carrière ?

Je ne pense pas. Il a fait un choix l’an dernier et cela n’aurait aucun sens de le voir revenir en Italie.

Combien Totti manque à la Roma ?

Je ne sais pas comment vit le vestiaire de la Roma aujourd’hui, il y règne depuis 20 ans, quand il parle, que ce soit sur le terrain ou dans le vestiaires, les autres se taisent. Il manque également de par sa qualité technique, souvent il suffit d’un coup franc ou d’un corner bien tiré pour gagner un match.

Votre ancien entraîneur, mais également collègue et ami, Ancelotti va au Bayern avec l’objectif de devenir l’unique technicien à gagner dans les 5 meilleurs championnats d’Europe. Pouvez vous nous dire quelque chose que vous avez appris à ses cotés ?

Il y’en a beaucoup, mais il y’en a une qui est vraiment particulière, j’ai travaillé pendant 7 ans et demi avec Carlo, et je n’ai jamais entendu un joueur dire du mal de lui. Il doit cela à son humanité, sans oublier que footballistiquement parlant c’est un maestro.Encore aujourd’hui, je suis frappé par la façon, dont il traite ses joueurs, dont il leur parle. Il y’a beaucoup de joueurs qui quand ils ne jouent pas, disent du mal de l’entraîneur, moi-même je l’ai déjà fait, mais avec lui cela n’arrive jamais.

Pour vous c’était plus facile, quand on demandait à Ancelotti qui avait une demi-douzaine de Ballon d’Or dans son effectif quel joueur il mettait en premier dans sa composition, il disait toujours « Gattuso ».

J’ai tellement couru pour lui…C’est avec Ancelotti que ma carrière a décollée, j’étais très bien physiquement, je recouvrais tout le terrain, pendant de nombreuses années j’ai fait le latéral droit, Cafu était l’ailier droit et moi j’étais derrière lui.

Vous vous attendiez à ce qu’un autre de vos anciens entraîneurs, Allegri, arrive en finale de la LDC ?

Max a une grande qualité : il ne se plaint jamais, il n’est jamais fatigué même dans les moments de difficulté, je lui envie beaucoup cette qualité. Quand la Juve était en milieu de tableau et qu’il disait qu’à Noël, la Juve aurait refait son retard, quelqu’un qui ne le connait pas l’aurait pris pour un fou. Au lieu de cela, il a su faire le dos rond et il mérite ce qui lui arrive. Ce n’était pas facile de se faire accepter à la Juve, après avoir entraîné le Milan, tout comme ce n’était pas facile de gagner avec le Milan dès la première saison.

Quelle équipe vous plait le plus dans sa façon de jouer ?

Au niveau de l’organisation, le Napoli de Sarri. Les attaquants travaillent comme des milieux de terrain, et pour faire courir autant Higuain, Callejon et Insigne l’entraîneur doit être très bon. La façon dont s’organise leur ligne défensive est un spectacle. Je dois dire que les 7-8 derniers matchs de l’Empoli ont également été spectaculaire. J’ai beaucoup d’estime pour Giampaolo, après des années à se casser les dents, il est entrain de prendre sa revanche. Je suis content pour lui, j’ai des choses à apprendre de son travail. Empoli joue mieux que l’an dernier, quand ils jouent dans la verticale et trouvent des espaces, ils font 3-4 gestes de grande classe.

Un autre de vos anciens amours, la Nazionale. Que pouvons nous faire à l’Euro ?

J’ai une confiance maximale en Conte, c’est un grand entraîneur, un grand motivateur, le connaissant il fera quelque chose d’important. Il est habitué à gagner, il emmènera en France une équipe avec une forte mentalité.

Vous pensez qu’on est trop pessimistes pour l’Italie ?

Oui, quand je jouais on parlait déjà du faible niveau comparé aux Nazionale des années précédentes, et en effet il y’avait plus de talents dans les années 90. Conte fonctionne comme Lippi : respect des règles et du maillot. Et puis ce n’est pas vrai, nous n’avons pas une mauvaise équipe. Tout le monde sait qu’il faut créer un groupe et penser comme une seule personne, et quand les joueurs italiens comprennent cela, ils peuvent accomplir de grandes choses. C’est n’est pas moi qui le dit, c’est l’histoire.

C’est la raison pour laquelle Balotelli a été écarté.

Moi je dis juste que les individualités ne te portent nul part, peut-être qu’elles te feront gagner quelques matchs mais à la fin c’est l’équipe, les règles, la discipline et les sacrifices qui prévalent, quand j’ai gagné en tant que joueur, cela s’est toujours passé comme cela. Quant à Balotelli, il a de moins en moins de temps pour revenir au niveau de ses premières années en Serie A, mais sa priorité est de guérir de sa pubalgie et de démontrer en championnat qu’il a progressé, c’est à lui de mettre en difficulté Conte.

Quel est le joueur italien qui vous plait le plus ?

Bernardeschi me surprend, je l’ai toujours vu comme un joueur offensif, mais il fait office de cinquième milieu de terrain de la Fiorentina, il se sacrifie sur tout le coté droit, cela signifie qu’il a envie de jouer et d’aller loin. Insigne est très fort et Florenzi est une force de la nature, il n’abandonne jamais et aide toujours ses coéquipiers.

Ancelotti signe au Bayern, Ranieri est leader de la Premier League, Conte est courtisé par la moitié de l’Europe, cela signifie que les entraîneurs italiens sont toujours les meilleurs ?

Nous sortons d’une école qui fonctionne très bien, celle de Coverciano, qui s’est renouvelée avec des idées toutes neuves. Nous ne devons pas faire l’erreur d’abandonner la caractéristique qui pendant des années nous a fait gagner partout dans le monde : une défense solide. Il ne faut pas plagié les autres, oui il y’a des choses à apprendre mais notre école n’est pas à mettre de coté.

Vous êtes un joueurs très fier de votre région d’origine, que pensez vous de l’histoire de Locri (ville de Calabre, dont le club de football à récemment fermé sa section féminine, suite à des menaces) ?

La vérité ? Ils auraient du continuer, on ne peut accepter une chose pareille, ceux qui la représentent ont mis en évidence le fait qu’il y’a un problème, mais tout le monde aurait du se mettre à disposition de l’équipe, qui n’aurait pas du fermer.

Votre rêve est de retourner au Milan, en tant qu’entraîneur ?

Mon rêve est de continuer à faire ce travail comme je le fais actuellement, me lever le matin et être content d’aller à l’entrainement. J’aimerais gagner un titre majeur, c’est normal mais j’ai la passion et l’humilité pour continuer à apprendre, aujourd’hui, je me sens comblé.

On se demande souvent qui est le nouveau Del Piero ou le nouveau Totti, mais qui est le nouveau Gattuso ?

Toute ma vie ils m’ont dit que j’étais une pipe, que je ne savais pas jouer, et maintenant tout le monde me pose cette question. Je dois dire que je ne me suis jamais considéré comme un joueur aussi difficile à imiter. Il y’en a plein des « Gattusi ». Peut-être que la différence est que quand je jouais en Serie A, je jouais de la même façon qu’au bar avec des amis, je n’avais jamais rien à perdre. Trop souvent je me suis laissé aller, j’ai fait des conneries, j’ai perdu la tête plus d’une fois. Aujourd’hui il y’a des joueurs plus fort que moi, je pense à Florenzi quand il joue au milieu de terrain, à Nainggolan, à De Rossi même s’il commence à avoir un certain âge, cela dit c’est difficile pour moi de dire qui est le nouveau Gattuso, parce que je n’ai jamais eu l’impression d’être fort à ce point.

De quoi a-t-on besoin pour devenir Gattuso ?

Etre énervé contre le monde entier, vouloir aller loin à tout prix, dédier sa vie à un travail que j’aurais fait même s’ils m’avaient donné un dixième des sous que j’ai gagné. J’étais limité à faire beaucoup de courses, mais j’avais l’envie de progresser et j’ai beaucoup changé, quand les autres allaient s’amuser, moi je restais sur le terrain avec les lumières allumées pour m’entraîner à contrôler le ballon.

 

Interview de Gattuso au Corriere Dello Sport, le 2/02/2016, traduction par @bdpjuve

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