Agostino Di Bartolomei : le traumatisme de Roma – Liverpool

En ce mardi 24 avril la Roma s’envole en direction de Liverpool afin d’affronter les anglais dans le cadre des demi-finales de Ligue des Champions. Un stade si avancé dans la compétition que le club de la capitale n’avait atteint qu’une seule fois dans son histoire. C’était il y a 34 ans, en 1984. Cette année là, Liverpool et la Roma s’affrontaient déjà, en finale cette fois-ci. L’occasion pour nous de revenir sur l’histoire d’Agostino Di Bartolomei, capitaine de la Roma cuvée 1984.

Voici Tradimento e Perdono (Trahison et pardon) chanson signée Antonello Venditti, auteur de l’hymne officiel de l’AS Roma ainsi que de l’iconique «Grazie Roma», et dédiée à Agostino Di Bartolomei.

Lorsque l’on évoque la Serie A, en tant que passionné de championnat italien un mot ressort souvent. Ce mot c’est « romantisme ». On vante souvent la Serie A comme un championnat romantique, une fidélité sans égal pour des institutions, des passions débordantes, de jolies histoire à foison. Mais qui dit romance, dit aussi drame. Malheureusement, chaque histoire ne termine pas sur un happy-end, certaines histoires sont tragiques, ce sont aussi elles qui font la beauté de l’histoire du Calcio, bien tristement certes, mais ces histoires sont là et se doivent d’être racontées. Né le 8 avril 1955, Agostino Di Bartolomei, fier capitaine de l’AS Roma, nous quittera tragiquement à l’âge de 39 ans, le 30 mai 1994 dans des conditions tragiques. Certains réduisent la Roma à Francesco Totti, et en cela ces gens se trompent. Avant Totti il y avait Giacomo Losi, Falcao, Bruno Conti mais surtout Agostino. Peut-être ne le connaissez-vous pas, mais sa mort a marqué toute une génération.

Coéquipier d’ « Ago » à l’époque, Franco Tancredi disait de lui :  « Il représentait tout de la Roma. Il était aussi très « syndicaliste », c’est lui qui allait traiter de nombreux sujets avec le président. Il se mettait à disposition de la Roma, il travaillait pour la Roma 24h sur 24. Il incarnait la romanita, il était très généreux. Il était le phare du milieu de terrain et pouvait aussi s’adapter à un rôle de libero. Il nous a fait gagner le Scudetto. C’était quelqu’un de très généreux. Il avait aussi une grosse puissance de frappe, de la dynamite dans les pieds. Il avait un mouvement de pied ample et rapide, le gardien ne pouvait jamais deviner où allait le ballon. C’était quelqu’un de sensible, je me souviens de son discours au vestiaire suite au Scudetto perdu et cette finale de Coupe d’Europe ».

En effet, le gamin issu de la classe populaire et natif de Rome avait petit à petit développé son leadership tout en progressant en tant que footballeur. Passé par le milieu de terrain, Nils Liedholm entraîneur suédois de la Roma dans les années 70 puis 80 n’hésitera pas à déplacer Ago sur le terrain pour toujours mettre en avant ses qualités de constructeur.

La Louve championne d’Italie

Dans les années 1970 la Roma n’avait pas fière allure, c’est peut-être ce qui a favorisé l’éclosion du talentueux Agostino Di Bartolomei sous les ordres de Nils Liedholm. Nous sommes en 1982-1983, cela fait 3 ans que club a été repris par Dino Viola et Liedholm a profité de ce moment pour partir entraîner le Milan (1977-1979) puis revenir. La Roma est de nouveau compétitive sur la scène nationale. Avec des joueurs tels que Bruno Conti, Falcao et Carlo Ancelotti la Roma parviendra à remporter quelques succès historiques.

Au terme de la saison 1982-1983 la Roma est championne pour la seconde fois de son histoire et Di Bartolomei est magnifique. Il impressionne surtout car il n’évolue plus au milieu, non il joue désormais en libero aux côtés de l’international Pietro Vierchowod. Certains pensent que les récupérateurs étant replacés en défense centrale sont des joueurs avec encore quelques qualités, mais surtout n’ayant plus les jambes pour courir durant 90 minutes. Ce n’est pas l’avis de Nils Liedholm qui redescend Di Bartolomei d’un cran pour profiter de sa vision de jeu et bénéficier de ses qualités de constructeur beaucoup plus bas. C’est d’ailleurs également l’avis du journaliste italien Gianni Mura« Le milieu de terrain a une deuxième carrière en tant que libero ou défenseur central. Un destin qui touche uniquement aux joueurs de construction, avec un grand sens du jeu collectif. Comme Beckenbauer, comme Scirea qui me fait automatiquement penser à Agostino pour ses silences et la même vision du football simple, propre ».

La saison 1983-1984 est également une année historique. Non; la Roma ne conserve pas son Scudetto, la Juve le lui arrache des mains grâce à une équipe ultra talentueuse composée de Michel Platini, Boniek, Gentile, Scirea entres autres, et surtout commandée par le légendaire Trappattoni. La Louve se console tout de même avec une nouvelle Coppa. Mais cette saison le plus important c’est qu’Agostino et sa Roma découvrent la joie des joutes entres champions européens.

di bartolomei.jpg

La gloire et les prémices d’un drame

La Roma se débarrassera assez facilement de Goteborg, du CSKA Sofia, et du Dynamo Berlin. En demi-finales les choses s’avèrent plus compliquées, la Roma se déplace en Ecosse pour affronter Dundee, elle arrive toute confiante et repart la queue entre les jambes après avoir perdu 2-0. Mais les romanisti ne peuvent pas abandonner si facilement leur chance d’accéder à la finale de la Ligue des Champions. A Rome c’est la re-mobilisation. Il faut 3 buts, la Roma marquera donc 3 fois. Ce n’est pas sans rappeler le match face à Barcelone cette année. Pruzzo l’attaquant italien à l’allure gauloise marque vite un doublé.  Et à la 57 ème minute, Agostino Di Bartolomei confirme son statut de capitaine, de chouchou des tifosi en marquant un pénalty qui catapultera le club en finale de Ligue des Champions.

La finale de cette édition de la Ligue des Champions opposera donc le grand Liverpool face à la plus modeste Roma et ce à Rome. Les Reds sont donnés gagnants. Le club anglais est déjà un mastodonte à l’époque. 15 titres de champions d’Angleterre, et 3 Ligues des Champions dans sa vitrine, sans parler des coupes et autres trophées.

Et la tendance se confirme, au bout d’un quart d’heure seulement. Liverpool mène et le match pourrait perdre de son intérêt. C’est sans compter sur la combativité des gladiateurs romains, qui égalisent à la 44ème minute par l’intermédiaire de Roberto Pruzzo. La Roma tient formidablement tête à Liverpool, jusqu’à la séance de tirs aux buts. Et la séance commence très bien, Nicol rate son premier tir au but pour Liverpool, tandis qu’ « Il capitano » Agostino Di Bartolomei marque le sien. Mais la tendance s’inverse encore une fois. Neal marque, Conti rate. Il y a donc 1-1, Souness marque, Righetti égalise. 2-2. Rush marque, Graziani rate. 3-2 pour les anglais. C’est à Kennedy de tirer, si il marque, Liverpool soulèvera le trophée. Et c’est malheureusement ce qu’il se passe, les italiens sont vaincus, et c’est la plus grande défaite d’Agostino Bartolomei. Il est le capitaine, il doit symboliser l’image « forte » pour son équipe, mais à l’intérieur, Ago est sûrement le plus affecté. Le 30 mai 1984, les prémices d’un drame.

L’aventure Européenne prend fin ici, sa carrière romaine aussi. Adieu la ville éternelle, adieu les tifosi, adieu son unico grande amore, Agostino prend la décision de suivre Nils Liedholm au Milan. Là bas il part côtoyer les Baresi et Donadoni entre autres. Les tifosi lui en tiendront rigueur, lors de la saison 1984-1985, Agostino ouvrira même le score face à la Roma tout en fêtant son but de manière un peu trop expressive. 3 ans passerons, pour n’ajouter aucune ligne à son palmarès, et Agostino quittera alors les rossoneri  pour Cesena, ou il ne restera qu’une année, avant d’aller terminer tranquillement sa carrière de 1988 à 1990 à la Salernitana. A la suite de sa carrière de joueur, Agostino Di Bartolomei essaiera tant bien que mal de travailler pour la Roma qui elle ne manifestera pas ce même intérêt en retour.

di bartolomei noir.jpg

Agostino Di Bartolomei, milieu polyvalent, intelligent doté d’une bonne vision ainsi que d’une âme de leader n’aura jamais connu la Nazionale, les sélectionneurs préférant des joueurs plus endurant physiquement, quitte à se passer de qualité technique hors du commun, mais il aura connu sa Nazionale à lui, sa Roma. Et c’est en 1994 que le drame se produit. Plus précisément le 30 mai, 10 ans jour pour jour après la défaite de l’AS Roma en finale de la Ligue des Champions face à Liverpool. Agostino Di Bartolomei, est retrouvé mort dans sa résidence, une balle logée dans la poitrine, une photo de la Curva Sud glissée dans son agenda, il est mort romanista, regrettant sûrement une dernière fois cette défaite, sa plus grande défaite. Ago abandonne un peuple, le peuple romain, mais Di Bartolomei nous quitte avec le pardon de tous. Derrière lui il laisse une femme, deux enfants et des milliers de supporters tous abattus. Lorsque Agostino s’en allait, Francesco Totti couvé par Giuseppe Giannini effectuait ses débuts à la Roma. La mort d’une légende provoqua finalement la naissance d’une autre légende.

 

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

w

Connexion à %s