Agostino Di Bartolomei, la triste fin d’un artiste.

Je tenais à introduire cette chanson dans l’article, même si cela me coûte de casser les « codes » d’intro. Elle se nomme Tradimento e Perdono (Trahison et pardon) elle est signée Antonello Venditti, auteur de l’hymne officiel de l’AS Roma, et elle est dédiée à Agostino Di Bartolomei. Je vous conseille de l’écouter en accompagnement durant votre lecture, que j’espère agréable.

di bartolomei

Lorsque l’on évoque la Serie A, en tant que passionné de championnat italien un mot ressort souvent. Ce mot c’est « romantique ». On vante souvent la Serie A comme un championnat romantique, une fidélité sans égal pour des institutions, des passions débordantes, de jolies histoire à foison. Mais qui dit romance, dit aussi drame.

Malheureusement, chaque histoire ne termine pas sur un happy-end, certaines histoires sont tragiques, ce sont aussi elles qui font la beauté de l’histoire du Calcio, bien tristement certes, mais ces histoires sont là et se doivent d’être racontées. Né le 8 avril 1955, Agostino Di Bartolomei, fier capitaine de l’AS Roma, nous quittera tragiquement à l’âge de 39 ans, le 30 mai 1994.

Agostino Di Bartolomei, romanista de naissance.

Dans les années 50, le football connaît déjà de grands noms, Puskas, Di Stefano, ou encore Kopa. Mais le Calcio, à l’époque, n’est pas en manque d’idole. Je pense notamment à Giampiero Boniperti, Omar Sivori, le trio milanais Gre-No-Li (Gunnar Gren, Gunnar Nordahl et Nils Liedholm qui croisera la route de notre héros du jour.) tant de personnes qui ont pu donner le goût du calcio au petit Agostino.

Comme tout jeune romain qui se respecte, le jeune Agostino tombe très vite amoureux de l’AS Roma. Le club de la louve est encore un jeune club, n’ayant qu’un seul scudetto dans son armoire à trophée. Mais déjà à l’époque, les giallorossi sont très supportés. De par leurs idéaux politiques (généralement de gauche, tandis que la Lazio Roma s’affiche plus de droite), ses couleurs et ses emblèmes représentant plus la ville éternelle que ne le fait sa grande soeur la Lazio. La Roma rassemble la classe populaire, et la famille Di Bartolomei en est.

Les débuts d’Ago

Le jeune Ago entreprend donc de devenir footballeur professionnel, il sera très vite repéré par le club qui le passionne, la Roma. En 1972 il débute en Serie A sous les couleurs rouges et jaunes. Jeune joueur prometteur, travailleur calme et intelligent, Ago est placé d’abord comme libéro. Dans une Roma peu flamboyante durant les seventies, le jeune loup ne trouve pas encore sa place. Et ce, même après l’arrivée de Nils Liedholm aux commandes en tant que coach giallorosso lors de l’année 1973. (je vous avais prévenu que le bon Nils reviendrait.) Deux ans en tant que remplaçant sous les ordres de Liedholm, et puis s’en va. Pas définitivement non, en prêt à Vicenza. Le club et l’entraîneur croient en lui, mais préfèrent le laisser s’épanouir dans un club ou la concurrence est moins rude, et le contexte moins compliqué pour s’imposer. Et cette idée se révèle très bonne. Le joueur s’impose très vite comme un titulaire chez les lanerossi. Il terminera la saison avec 4 buts au compteur, un chiffre plutôt flatteur pour un joueur évoluant bas sur le terrain. A son retour dans la capitale Ago devient alors très vite un joueur incontournable. Nils Liedholm le place alors devant la défense, son intelligence fera la différence avec les récupérateurs classiques de l’époque. Ago ratisse et régule le jeu quand certains récupérateurs de l’époque se contentaient de ratisser, laissant la fonction d’orienter le jeu à d’autres joueurs. Le problème c’est que cette Roma là, n’est pas flamboyante et risque de devenir trop petite pour un Ago qui ne demande qu’à grandir. Car en effet, la Roma dans les années 70 ne trust pas les places du haut du classement, Nils Liedholm ne parvient à les classer qu’à la 8 ème place lors de l’exercice 1976-1977

Du coup au terme de cette saison, Nils Liedholm n’est plus; il s’envole vers un autre horizon : Le Milan AC. Le plus italien des suédois se voit alors remplacé par Gustavo Giagnoni, un changement de coach peut donc laisser penser que la Roma démarre sur une nouvelle dynamique. Mais c’est malheureusement lourdement se tromper. La Roma terminera la saison 1977-1978 à la même place que la précédente, une décevante 8 ème place. Et cela ne va pas aller en s’arrangeant, la saison qui suit la Louve terminera même à une très triste 12 ème position. Cette fois, s’en est terminé de Giagnoni, la Louve doit reprendre du poil de la bête et repartir sur de nouvelles bases pour écrire une nouvelle page de son histoire.

Une nouvelle Louve, Ago comme pierre angulaire.

A l’aube des eighties la Roma change donc de visage. Le nouveau coach se nomme Nils Liedholm. Certains peuvent penser à un retour en arrière… mais cette fois les choses changent, car Dino Viola, fraîchement nommé président en mai 1979 décide de reconstruire un club digne de sa ville, et de se donner les moyens de ses ambitions. Di Bartolomei évolue, la Roma aussi. La Roma entame donc un mercato quelque peu ambitieux avec à la baguette le tristement célèbre Luciano Moggi (oui oui, l’acteur principal du scandale qu’est le Calciopoli). Tout d’abord Bruno Conti, déjà propriété de la Roma, ne sera pas renvoyé encore une fois en prêt, cette fois le club est bien décidé à lui donner sa chance. Romeo Benetti, défenseur de la prestigieuse Juventus et de la Nazionale viendra vivre une dernière expérience en tant que joueur de football dans le club de la capitale. La Magica recrute également le désormais très célèbre, mais à l’époque jeune milieu de Parma : Carlo Ancelotti. Et ce, au nez et à la barbe de la grande Inter.

La saison se passera d’une meilleure manière que les précédentes, une 6 ème place en Serie A, et surtout une entrée dans les années 80 avec un titre : la Coppa Italia.

Pour s’assurer une progression constante, Dino Viola décide réaliser un gros coup sur le mercato, il s’attache les services de l’international brésilien Paulo Roberto Falcão (et là je ne vous parle pas d’un attaquant colombien traînant la patte tout en touchant des salaires mirobolants, non, je vous parle d’un fantasque milieu brésilien aux allures européennes avec une élégance sans nom. Cela dit l’attaquant star colombien Radamel Falcao,  porte ce nom en hommage à l’illustre Paulo Roberto) La Roma peut donc se targuer d’aligner un milieu Ancelotti – Falcao – Di Bartolomei, 3 joueurs possédant un « QI Football » énorme

La saison 1980-1981 sera alors encore plus fructueuse que la précédente, cette fois-ci la Roma termine à une très jolie seconde place en championnat et conserve sa Coppa Italia. Mais si cette saison est particulière pour Agostino Di Bartolomei, c’est notamment parce que le capitaine Sergio Santarini sera poussé sur le banc et devra donc céder son brassard à Ago. Une lourde tâche, mais qu’il remplira avec succès, c’est au moins ce que diront ses ex coéquipiers Bruno Conti et Franco Tancredi en 2014 :

Bruno Conti : « Agostino était un joueur intelligent, capable de comprendre le jeu de la meilleure des façons. Liedholm l’avait inventé comme milieu central la saison du Scudetto, en 1983. Il jouait en binome avec Vierchowod, il était capable de rester devant la défense, en interprétant ce rôle de la meilleure des façons. En tant que capitaine, il guidait cette équipe exceptionnelle comme seul lui savait le faire. Il était capable d’interpréter au mieux cette Roma fantastique. C’était le vrai leader, il parlait avec le président, il était le lien entre joueurs et societa, l’homme à qui Liedholm donnait la plus grande responsabilité. Quand j’étais encore en Primavera, et lui en équipe première, il m’aidait déjà beaucoup ».

Franco Tancredi : « Il représentant tout de la Roma. Il était aussi très « syndicaliste », c’est lui qui allait traiter de nombreux sujets avec le président. Il se mettait à disposition de la Roma, il travaillait pour la Roma 24h sur 24. Il incarnait la romanita, il était très généreux. Il était le phare du milieu de terrain et pouvait aussi s’adapter à un rôle de libéro. Il nous a fait gagner le Scudetto. C’était quelqu’un de très généreux. Il avait aussi une grosse puissance de frappe, de la dynamite dans les pieds. Il avait un mouvement de pied ample et rapide, le gardien ne pouvait jamais deviner où allait le ballon. C’était quelqu’un de sensible, je me souviens de son discours au vestiaire suite au Scudetto perdu et cette finale de Coupe d’Europe ».

La saison 1981-1982 marquera elle un très léger essoufflement dans la progression avec aucun titre à la clé et une 3 ème place en championnat.

Et maintenant, la gloire

Nous sommes en 1982-1983, dès la seconde journée Di Bartolomei se montre déjà décisif.. face à Verona, la Louve est tenue en échec à domicile durant 89 longues minutes. Le soucis, c’est qu’un match dure 90 minutes, et cette 90 ème minute vint. Un accrochage dans la surface, et l’arbitre accorde un pénalty pour la Roma. L’Olimpico est bouillant, le tireur attitré s’avance au point de pénalty. Le tireur, c’est Ago, l’enfant du club, le capitaine, il a la pression d’un peuple entier sur les épaules, mais finalement transforme son pénalty grâce à une précision sans égal. L’Olimpico explose, Agostino d’un naturel calme, aussi.

Il se permettra même un but face au Genoa et un doublé face au Napoli lors d’une éclatante victoire 5-2. Mais également le but de la victoire face à Pisa, l’ouverture du score face à Catanzaro, et encore un but offrant la victoire face à l’Avellino

La Roma est championne, Di Bartolomei est magnifique. Et surtout il impressionne, car ce que j’ai omis de vous dire, c’est que cette saison là, Agostino Di Bartolomei n’évolue plus au milieu, non il évolue en libero aux côtés de l’international Pietro Vierchowod. Certains disent que les récupérateurs étant replacés en défense centrale sont des joueurs avec encore quelques qualités, mais surtout n’ayant plus les jambes pour courir durant 90 minutes. Ce n’est pas l’avis de Nils Liedholm qui redescend Di Bartolomei d’un cran pour profiter de sa vision de jeu et profiter de ses qualités de constructeur beaucoup plus bas. Ceci permet donc d’avoir à la Roma un jeu attrayant et varié.

C’est d’ailleurs également l’avis du journaliste italien Gianni Mura :

« Le milieu de terrain a une deuxième carrière en tant que libero ou défenseur central. Un destin qui touche uniquement aux joueurs de construction, avec un grand sens du jeu collectif. Comme Beckenbauer, comme Scirea qui me fait automatiquement penser à Agostino pour ses silences et la même vision du football simple, propre ».

Pour en revenir à la Roma, cette saison, après de longues années d’attente, elle est couronnée championne d’Italie et ce, aussi grâce à deux enfants du club, Agostino Di Bartolomei et Bruno Conti. Une fierté bien romaine.

La saison 1983-1984 va également être très prestigieuse. Non; la Roma ne conserve pas son Scudetto, la Juve la lui arrache des mains grâce à une équipe ultra talentueuse composée de Platini, Boniek, Gentile, Scirea entres autres, et surtout commandée par Trappattoni. Tant pis, la Roma se console surtout avec une nouvelle Coppa Italia.

Mais cette saison le plus important c’est qu’Ago et sa Roma vont découvrir la joie des joutes entres champions européens.

La Roma se débarrassera assez facilement de Goteborg, du CSKA Sofia, et du Dynamo Berlin.

En demi-finales les choses s’avèrent plus compliquée, la Roma se déplace en Ecosse pour affronter Dundee, elle arrive toute confiante et repart la queue entre les jambes après avoir perdu 2-0. Mais les romanisti ne peuvent pas abandonner si facilement leur chance d’accéder à la finale de la Ligue des Champions. A Rome c’est la re-mobilisation. Il faut 3 buts, la Roma marquera 3 buts.

Et c’est ce qu’il se passe. Pruzzo l’attaquant italien à l’allure gauloise marque vite un doublé.  Et à la 57 ème minute, Agostino Di Bartolomei confirme son statut de capitaine, de chouchou des tifosi en marquant un pénalty qui catapultera le club en finale de Ligue des Champions.

La gloire et les prémices d’un drame

La finale de cette édition de la Ligue des Champions opposera donc le grand Liverpool face à la plus modeste Roma. Liverpool est donné gagnant, la Roma doit se faire manger. Liverpool est déjà un mastodonte à l’époque. 15 titres de champions d’Angleterre, et 3 Ligues des Champions dans sa vitrine, sans parler des coupes et autres trophées.

Et la tendance se confirme, au bout de seulement un quart d’heure. Liverpool mène, Neal est le buteur, le match pourrait perdre de son intérêt, mais c’est sans compter sur la combativité des gladiateurs romains, qui égaliseront à la 44 ème minute par l’intermédiaire du moustachu Roberto Pruzzo. La Roma tient formidablement tête à Liverpool, jusqu’à atteindre la séance de tirs aux buts. Et la séance commence très bien, Nicol rate son premier tir au but pour Liverpool, tandis qu’Il capitano (et je parle bien d’Agostino Di Bartolomei) marque le sien. Mais la tendance s’inverse encore une fois. Neal marque, Conti rate. Il y a donc 1-1, Souness marque, Righetti égalise. 2-2. Rush marque, Graziani rate. 3-2 pour les anglais. C’est à Kennedy de tirer, si il marque, Liverpool soulèvera le trophée. Et c’est malheureusement ce qu’il se passe, les italiens sont vaincus, et c’est la plus grande défaite d’Agostino Bartolomei. Il est le capitaine, il doit symboliser l’image « forte » pour son équipe, mais à l’intérieur, Ago est sûrement le plus affecté. 30 mai 1984, les prémices d’un drame.

L’aventure Européenne prend fin ici, son aventure romaine aussi. Adieu la ville éternelle, adieu les tifosi, adieu son unico grande amore, Agostino prend la décision de suivre Nils Liedholm au Milan AC. Là bas il pourra côtoyer des Baresi et Donadoni entre autres. Les tifosi romanisti lui en voudront, lors de la saison 1984-1985, Agostino ouvrira le score face à la Roma tout en fêtant son but de manière un peu trop expressive.

3 ans passerons, pour n’ajouter aucune ligne à son palmarès, et Agostino quittera alors les rossoneri  pour Cesena, ou il ne restera qu’une année, avant d’aller terminer tranquillement sa carrière de 1988 à 1990 à la Salernitana.

Agostino Di Bartolomei, milieu polyvalent, intelligent doté d’une bonne vision ainsi que d’une âme de leader n’aura jamais connu la Nazionale, les sélectionneurs préférant des joueurs plus endurant physiquement, quitte à se passer de qualité technique hors du commun, mais il aura connu sa Nazionale à lui, sa Roma.
Et c’est en 1994 que le drame se produit. Plus précisément le 30 mai, 10 ans jour pour jour après la défaite de l’AS Roma en finale de la Ligue des Champions face à Liverpool. Agostino Di Bartolomei, est retrouvé mort dans sa résidence, une balle logée dans la poitrine, une photo de la Curva Sud à la main, il est mort romanista, regrettant sûrement une dernière fois cette défaite, sa plus grande défaite. Ago abandonne un peuple, le peuple romain, mais Di Bartolomei nous quitte avec le pardon de tous. Ceci est la triste conclusion de cette histoire romantique.

Ciao Ago, capitano mio.

@Hugiannini https://twitter.com/Hugiannini

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